Les innocents d’Outreau

La cour d’assises de Paris a blanchi six autres accusés du dossier le plus délirant des annales judiciaires françaises. Ils sont désormais treize à être sortis d’un cauchemar invraisemblable

A lire : l’ouvrage La Méprise que Florence Aubenas a consacré à l’affaire d’Outreau (Le Seuil).

Contre-enquête à Outreau. Sexe, mensonge et vérité. René-Philippe Dawant et Georges Huercano-Hidalgo. Editions Luc Pire.

C’était une histoire sordide, avec des accusés rêvés. La boulangère, l’huissier de justice, le prêtre, le taximan… Outreau et ses notables pédophiles se nourrissant de chair fraîche dans les HLM décrépies de la Tour du Renard, tous accusés par des parents qui violaient eux-mêmes leurs enfants. Personne n’a douté. Ni les enquêteurs, ni le jeune juge d’instruction, ni le procureur de la République, ni les experts psychologues, ni la plupart des journalistes, ni l’opinion publique. Les monstres d’Outreau étaient condamnés d’avance. La France avait son affaire Dutroux.

Puis il y eut le procès calamiteux devant les assises de Saint-Omer et l’incroyable revirement de la principale accusée et accusatrice, Myriam Badaoui. Stupéfaction : cette mère mythomane avait grugé son monde, en particulier le juge Fabrice Burgaud qui avait avalé comme un gosse ses déclarations farfelues et celles de ses fils. Malgré l’évidence, la justice du Pas-de-Calais avait enfoncé le clou, n’acquittant que sept des treize accusés qui criaient leur innocence. Le 1er décembre dernier, la cour d’appel de Paris a blanchi les six autres. Les treize sont enfin revenus de l’enfer. Le ministre de la Justice Pascal Clément a présenté ses excuses et promis une enquête approfondie sur ce désastre judiciaire.

Mais la compassion du président Chirac et du Premier ministre de Villepin n’y feront rien : le gâchis reste énorme. Un quatorzième accusé est mort en prison, durant sa détention préventive ; sa s£ur se bat toujours pour qu’il soit officiellement réhabilité. Parmi les innocents, des mères et des pères ont été privés de leurs enfants, pendant des années. D’autres n’ont pas retrouvé de boulot. Excepté Sandrine et Franck Lavier, tous ont vu leur couple se briser. Et surtout : même si leur honneur est aujourd’hui lavé, comment vont-ils oublier les injures qu’on leur a crachées à la figure jusqu’avant le premier procès ?

Thierry Denoël

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