Les hommes forts du bastion ansois

Focus sur Ans, le fief de Michel Daerden, où le  » demeyérien  » Stéphane Moreau est devenu bourgmestre faisant fonction à la suite des élections fédérales de 2007. Les relations entre les deux hommes sont complexes, voire tendues, certains parlant même de rivalité.

Quand on lui demande comment il entrevoit l’avenir du socialisme à la liégeoise et si l’ombre imposante de Michel Daerden n’empêche pas l’émergence de  » nouvelles têtes « , le président de la fédération liégeoise du PS, Willy Demeyer, a coutume de répondre qu’il n’y a pas de  » problème Daerden  » et que la  » fédé  » est riche de toute une série d’individus. Parmi ceux qui sont souvent cités et dont le rôle est de plus en plus important au fil des ans, le nom de Stéphane Moreau revient sans arrêt. Bourgmestre faisant fonction de la commune d’Ans depuis 2007 et directeur général de Tecteo, l’ancienne Association liégeoise d’électricité, ce  » quadra  » aux allures de  » golden boy  » fait incontestablement partie des hommes en vue depuis un certain temps au sein du PS liégeois.

 » Je t’aime, moi non plus « 

Depuis l’origine, Michel Daerden et Stéphane Moreau, c’est un peu  » Je t’aime, moi non plus  » comme le chantait Serge Gainsbourg à la fin des années 1960. Il y a tout d’abord leurs ressemblances, qui font qu’ils ne pourront sans doute jamais se détester.  » Michel et moi, nous présentons des caractéristiques semblables « , affirme Stéphane Moreau.  » On est tous les deux sortis de nulle part et on a montré qu’il était possible de réussir socialement.  » C’est dans les années 1980 que leurs chemins se croisent, lorsque celui qui est aujourd’hui bourgmestre faisant fonction à Ans est devenu conseiller du CPAS puis conseiller communal. En 1989, il est également élu au comité fédéral du PS et en 1993, à l’âge de 29 ans, il devient échevin ansois, époque à laquelle Michel Daerden s’empare de la fédération liégeoise du PS. Stéphane Moreau est donc le témoin privilégié du règne sans partage de Daerden et de son clan à la  » fédé « , à la tête de laquelle vont se succéder les hommes de paille. Un clan auquel il n’appartient pas, lui qui est proche de Willy Demeyer qu’il considère comme son ami, au même titre d’ailleurs qu’Alain Mathot.

A la fin des années 1990, Stéphane Moreau, jugé trop proche de Willy Demeyer, n’a pas été désigné à la présidence de la fédération liégeoise comme il l’espérait, le  » patron  » Daerden lui préférant Jean-Claude Peeters, un fidèle. Cette non-désignation marque le début des disputes, voire même des tensions qui vont émailler les relations entre Michel Daerden et celui qui est considéré par plusieurs observateurs avisés comme  » un esprit brillant « . Plus tard, lors des  » communales  » de 2000, l’échevin Moreau s’attendait à être nommé bourgmestre à Ans en lieu et place d’un Michel Daerden empêché mais il n’en fut rien, ce dernier lui préférant une fois de plus un de ses lieutenants, Fernand Gingoux. Lequel sera reconduit dans ses fonctions en 2006 alors que le candidat Moreau s’était offert le deuxième score dans un scrutin qui marquera d’ailleurs le début de la  » Daerdenmania « . Le hic, c’est qu’à chaque fois et selon un membre particulièrement bien informé du PS liégeois, un accord existait afin que Stéphane Moreau soit désigné bourgmestre faisant fonction.  » Ce qui peut énerver certains au sein du PS liégeois, c’est le fait que Michel Daerden a pris la mauvaise habitude de renier sa parole et de ne pas respecter les accords « , analyse ce socialiste.

Mélange des genres

Pour en revenir à Ans, suite aux accords intra-socialistes intervenus après les élections fédérales de 2007, Stéphane Moreau a enfin ceint l’écharpe maïorale. Un maïeur faisant fonction qui a dû composer avec l’ouverture au MR décidée par Daerden, en vertu de la stratégie d’Elio Di Rupo et permettant, d’une certaine manière, un contrôle de son action par le MR local. Au sein du collège communal ansois, on trouve des proches de Michel Daerden, le secrétaire communal Walther Herben ( lire l’encadré page 23), les échevins Jean-Claude Peeters et Francy Dupont ou encore le président du CPAS qui n’est autre que son frère. Quant à Stéphane Moreau, qui compte également des fidèles parmi lesquels les conseillers Jean-Marie Valkeners et Christophe Kersteens, son influence n’a cessé de croître au fil des ans, lui qui est également directeur général de Tecteo et qui dispose de pas moins de 18 mandats (dont sept rémunérés), parmi lesquels celui de secrétaire de la Conférence des bourgmestres de l’agglomération liégeoise.

La supracommunalité est un niveau de pouvoir où le bourgmestre faisant fonction d’Ans est actif depuis un certain temps. Il partage à ce sujet la même vision que celle de Willy Demeyer qui est bien différente de celle de Michel Daerden, lequel voulait à l’époque faire de l’intercommunale SLF, dirigée par une de ses proches, la coupole d’un grand holding public regroupant l’ensemble des structures liégeoises sur lesquelles il avait la mainmise. Plus que jamais, Stéphane Moreau et Willy Demeyer, dont la montée en puissance est incontestable, sont sur la même longueur d’onde.

Stéphane Moreau, dont la vision est avant tout managériale, s’éloigne du reste de plus en plus de Michel Daerden et ne se laisse pas facilement cataloguer. Un socialiste liégeois farouchement anti-Daerden confie à son propos :  » Parmi ceux qui n’aiment pas les manières de Michel Daerden, nous sommes plusieurs à désapprouver aussi le mélange des genres de Stéphane Moreau, un pied en politique, l’autre dans les affaires. Mais je dois avouer que nous n’avons pas non plus envie qu’il clarifie trop vite sa position. Car sa présence à Ans est un fameux contrepoids à Daerden.  » Voilà en tout cas qui a le mérite de la clarté…

BRUNO BOUTSEN

 » Daerden a pris la mauvaise habitude de renier sa parole « 

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