Les hommes du président en ligne de mire

Et si la fronde ne visait pas tant Didier Reynders que sa garde rapprochée, accusée de tous les maux ?

Qu’on les exclue tous !  » Comme toutes les petites phrases entrées dans l’histoire, celle-ci n’a peut-être jamais été prononcée telle quelle. La formule, prêtée à Jean-Luc Crucke, et adressée en boutade aux signataires de la lettre anti-Reynders, en dit toutefois long sur le climat qui règne au MR. Elle explique à la fois la nervosité des proches de Didier Reynders, excédés de voir leur champion constamment dénigré, et le ressentiment de nombreux mandataires, qui estiment qu’il est devenu impossible d’émettre une critique sans s’exposer à des menaces de représailles.

Davantage encore que Didier Reynders lui-même, c’est sa garde rapprochée qui suscite l’ire de la plupart des contestataires. Garde rapprochée ? Tous les présidents de parti composent un staff acquis à leur cause, s’entourent d’hommes de confiance. En cela, Didier Reynders ne se distingue guère d’Elio Di Rupo, de Jean-Michel Javaux et de Joëlle Milquet.

Qu’est-ce qui cloche, alors ? Peut-être les manières, parfois expéditives, de certains  » envoyés  » de Didier Reynders. Ou l’impression laissée par ceux-ci de tirer toutes les ficelles.  » Didier Reynders ne nous voit que par le prisme de certains « , regrette un député. Dans un entretien au Soir, peu avant son éviction comme chef de groupe au Sénat, Christine Defraigne avait dénoncé  » la confiscation du pouvoir par une nano-oligarchie « .

Le cas de Willy Borsus illustre ce malaise. Président de la fédération provinciale namuroise du MR, bourgmestre de Somme-Leuze, cet homme rond n’avait, a priori, aucune raison de se rallier aux contestataires. D’autant qu’il vient tout juste d’être nommé chef de groupe au parlement wallon. Une fonction qui en fait le leader de l’opposition au gouvernement Demotte : si le MR revient au pouvoir lors de la prochaine législature, il se trouve en pole position pour devenir ministre. Pourtant, Willy Borsus figure parmi les signataires de la lettre explosive remise lundi à Didier Reynders. Ses relations compliquées avec Pierre-Yves Jeholet, porte-parole du MR, considéré comme trop  » envahissant « , n’y seraient pas pour rien.

Dès lors, le véritable objectif de la fronde serait peut-être celui-ci : non pas faire vaciller Didier Reynders, mais le contraindre à ouvrir le cercle. Le doute gagne même les supporters inconditionnels du président. Cette fameuse  » garde rapprochée  » ne dessert-elle pas le MR ?  » Le problème est là. Il n’est que là ! Personne ne comprend pourquoi Didier Reynders ne renouvelle pas son entourage « , glisse une jeune élue. D’autres s’étonnent de l’espace médiatique laissé à Pierre-Yves Jeholet ou à Jean-Luc Crucke, deux hommes assez marqués à droite sur le plan idéologique, alors que le MR, souvent perçu comme le défenseur des nantis, souffre déjà d’un problème d’image.

Ancien publicitaire devenu directeur de la communication du MR, Laurent Burton est lui aussi la cible de nombreuses critiques, dont la violence montre à quel point le mal est profond.  » S’il y a bien une tête qui doit tomber, c’est celle-là. Il s’est complètement fourvoyé durant la campagne « , lâche un mandataire liégeois.  » Il s’est trompé, tout simplement, ajoute un autre. La crise financière a chamboulé la donne. La population a eu peur. Laurent n’a pas senti cette évolution, alors que les autres partis l’ont comprise.  » Un troisième :  » Dans une période où les gens se demandaient de quoi allait être fait leur lendemain, il aurait fallu dorloter, rassurer les électeurs.  »  » C’est vrai, on a raté le coche. On n’a pas suffisamment compris que la campagne allait se focaliser sur la crise économique « , assume Laurent Burton. Tout en rappelant que ces remarques-là, personne ne les lui a formulées avant le scrutin.

F.B.

 » Il aurait fallu dorloter, rassurer les électeurs « 

 » Didier reynders ne nous voit que par le prisme de certains « 

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