Les frontières s’ouvriront plus tard

Laurence Van Ruymbeke
Laurence Van Ruymbeke Journaliste au Vif

Les travailleurs des dix nouveaux Etats membres de l’Union européenne ne sont pas (encore) les

bienvenus sur le marché belge du travail. Trop dangereux, estime le gouvernement

C’est non. Le 1er mai prochain, les travailleurs des dix nouveaux Etats membres de l’Union européenne ne pourront pas franchir les frontières de la Belgique pour venir y travailler librement.  » Les conditions ne sont pas remplies « , a expliqué le Premier ministre Guy Verhofstadt. Autrement dit, le risque est (trop) grand de voir des travailleurs polonais, tchèques, estoniens, lituaniens, lettons, hongrois, slovènes, slovaques, maltes ou chypriotes, évincer, légalement ou non, les travailleurs belges peu qualifiés. Ou maintenir durablement les demandeurs d’emploi hors du marché du travail. On a déjà vu des travailleurs belges du secteur agroalimentaire licenciés et remplacés par des travailleurs polonais payés nettement moins par de peu scrupuleuses agences d’intérim !

Sur le fond, pourtant, le gouvernement n’est pas opposé à ce que des citoyens européens venus de l’Est puissent être engagés par des sociétés belges pour travailler ici selon les conditions locales. Ce sera d’ailleurs le cas en 2011, au plus tard. Mais, pour l’instant, le régime actuel est prolongé, pour une période indéterminée : tout travailleur étranger devra encore bénéficier d’un permis de travail qui ne lui sera attribué qu’après examen préalable du marché du travail.

La Belgique ne doit en tout cas pas redouter une invasion de candidats, estime le Conseil supérieur de l’emploi.  » Jusqu’à présent, rappelle Jan Smets, son vice-président, l’arrivée de nouveaux Etats membres dans l’Union européenne n’a pas provoqué d’afflux migratoires massifs.  » La Suède, qui a choisi d’ouvrir dès à présent ses frontières, n’attire pas grand monde. Les travailleurs migrants sont, en revanche, plus nombreux en Irlande et en Grande-Bretagne, deux pays qui offrent, il est vrai, de nombreuses possibilités d’emplois.

Et en Belgique ? Toujours selon les chiffres du Conseil supérieur de l’emploi, quelque 3 500 permis de travail ont été attribués à des ressortissants des nouveaux Etats membres en 2005, dont 3 000 environ à des Polonais. S’y ajoutent quelque 80 000 travailleurs détachés ainsi que tout le personnel, inchiffrable, employé au noir.

Les nouveaux pays adhérents ont évidemment d’impressionnantes réserves de main-d’£uvre. Rien qu’en Pologne, le plus grand d’entre eux, 52 % seulement des 26 millions de personnes en âge de travailler sont occupées.  » Cette réserve de main-d’£uvre ne durera pas, estime Jan Smets. Car l’économie locale, lorsqu’elle prendra son envol, aura besoin de ces travailleurs : 343 000 postes devraient être créés en Pologne en 2006 et 2007. En outre, le pays sera affecté plus durement encore que la Belgique par le déclin démographique qui s’y prépare  » (voir graphique).

La Belgique n’ouvrira en tout cas pas ses frontières tant que certaines conditions ne seront pas remplies : enregistrement de tous les travailleurs étrangers employés en Belgique par un employeur étranger, responsabilité solidaire des entrepreneurs principaux et des donneurs d’ordre pour le respect des conditions de travail des travailleurs étrangers, renforcement des services d’inspection…

Pendant ce temps encore, en Belgique, le marché de l’emploi devra poursuivre sa réforme, notamment via l’accompagnement des chômeurs et d’importants efforts à réaliser en matière de formation. Car 50 000 offres d’emploi, au bas mot, ne trouvent pas preneur, alors que le pays compte 450 000 chômeurs !

Faute de solution  » belge « , le gouvernement autorisera le recrutement de travailleurs venus de l’Est pour ces postes en souffrance, par exemple dans le secteur de la construction. Les candidats travailleurs étrangers recevront leur visa en cinq jours.  » L’ouverture totale et immédiate des frontières permettrait pourtant de réduire le marché illégal du travail, souvent lié à des filières criminelles « , soupire-t-on au Centre pour l’égalité des chances…

Laurence van Ruymbeke

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content