Les flux Sud-Nord doivent passer au vert

Laurence Van Ruymbeke
Laurence Van Ruymbeke Journaliste au Vif

A l’heure où s’ouvre la semaine du commerce équitable, le Trade for Development Centre, qui l’organise, jette un petit pavé dans la mare : les acteurs du commerce équitable ne jouent pas la carte du développement durable.

Faut-il tuer le commerce équitable parce qu’il ne se soucie guère de son impact environnemental ? La question, brutale, sous-tend une étude réalisée par le Trade for Development Centre (TDC), le centre fédéral d’expertise en la matière, qui paraîtra dans quelques jours. La réponse est non. Mais la réflexion vaut le détour.

Le commerce équitable, qui favorise largement les échanges entre des producteurs du Sud et des consommateurs du Nord, nécessite par définition de longs déplacements pour acheminer les produits. Que ces trajets s’effectuent en avion, en bateau ou en camion, l’impact sur l’environnement est réel. Et élevé.

Le commerce équitable ne représente toutefois que 0,27 % des exportations mondiales de marchandises. Ce n’est pas une raison, estime-t-on au TDC, pour que le commerce équitable ne s’interroge pas sur ses pratiques. Car l’impact écologique de ces flux commerciaux pèse d’abord sur les habitants de l’hémisphère Sud. Certes, il pourrait être tentant, au Nord, de privilégier les produits locaux et de saison. Mais le revenu généré par la vente de produits du Sud en Europe est essentiel pour la survie des petits producteurs. Bref, l’équation n’est pas simple à résoudre.

 » Le commerce équitable n’a pas encore intégré les enjeux du développement durable, ni pris le train de l’engagement écologique « , affirme l’étude du TDC. Certes, son objectif premier est de soutenir les petits producteurs, sur le plan économique et social. Et il y arrive. Mais il y a le plan environnemental, où ce commerce devrait pouvoir atteindre les mêmes performances pour que  » la qualité sociétale de ses produits soit remarquable « .

 » L’environnement réinvente le commerce équitable « 

Rien ne prouve que ce soit impossible. La pollution provoquée par ces échanges commerciaux, effective, doit être minimisée, supprimée ou compensée. Le commerce équitable bénéficie d’ailleurs d’un atout de taille : il s’y connaît déjà en contrôle de filière puisqu’il a instauré la traçabilité de ses produits en vertu.

Mais il faudra que le secteur du commerce équitable la joue finement. En investissant le créneau écologique, notamment pour rencontrer la demande de consommateurs de plus en plus attentifs à l’impact de leur comportement d’achat, il ne faut pas qu’il pénalise son approche sociale.  » Pour se prévaloir du développement durable, le commerce équitable devra renforcer son pilier environnement tout en maintenant, voire en améliorant, les aspects économiques et sociaux de sa démarche « , affirme le TDC.

Avec le risque réel de voir certains produits ou certaines pratiques passer à la trappe. Mais  » l’environnement ne menace pas le commerce équitable, dit le TDC. Il le réinvente « .

Laurence van Ruymbeke

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