Les filets financiers

Les relations entre argent et football suscitent toujours un malaise. Et pas seulement à cause des accusations de l’Antwerp contre Charleroi.

Chaque club des deux divisions d’élite doit, chaque saison, fournir la preuve auprès de l’Union belge de football, et sous peine de se voir refuser sa licence, qu’il est financièrement sain ou que, du moins, il respecte ses obligations administratives (contrats, structures, etc.), fiscales et légales. Un système qui a permis d’épurer en partie les dettes du foot belge même si certains clubs sont toujours sous contrôle et profitent d’un plan d’apurement pour régulariser leur situation. Les déboires du RWDM, de Harelbeke, de Malines ou de Lommel hantent toujours les couloirs des stades. Aujourd’hui, le plus mal embarqué en première division, c’est sans conteste le Lierse. La Fédération a annoncé qu’elle allait lui retirer sa licence et le rétrograder en D3. pour le non-respect du plan de paiement de sa dette envers l’ONSS. Le Lierse tentera un pourvoi en appel mais il ne pourra pas ajouter de nouvel élément à son dossier. La sanction de la commission des licences sera alors inéluctable. L’équipe risque d’être reléguée en D 3 et le prochain championnat de D 1 se déroulerait à 17 équipes conformément au nouveau règlement de l’Union belge.

A partir de la division 3, il n’est plus nécessaire d’obtenir une licence-sésame. Ici, légalement, la plupart des équipes possèdent un statut amateur (de type ASBL) bien que les sommes d’argent qui circulent aux différents échelons sont loin d’être négligeables. En promotion, on soupçonne les clubs de payer des joueurs au moins partiellement en noir. Un fléau qui appelle des assainissements. C’est ce que réclame, parmi d’autres, l’ancien secrétaire général de l’Union belge, et actuel sénateur MR, Alain Courtois. Bref, il s’agit de resserrer les mailles du filet financier.

Le dossier d’instruction ouvert suite à la découverte d’une vaste fraude au casino de Namur éclabousse également le foot. Depuis plusieurs années, 15 millions d’euros auraient ainsi été détournés et blanchis par la direction dans d’autres activités annexes. L’une d’elles serait le football, touché par l’entremise de l’Union Royale Namur (division 3B). Son président, Armand Kaida, est également le président du casino. Les comptes du club dissimuleraient certaines  » anomalies  » notamment sur l’apport en caisse d’une somme de 125 000 euros. Les dirigeants interrogés par les enquêteurs ayant refusé d’expliquer la provenance de cette importante liquidité, ils ont été placés sous mandat d’arrêt. Des révélations qui rappellent la tentative désespérée, menée en février 2003 par Alain Zenner (MR), commissaire du gouvernement commis à la grande fraude, pour investiguer dans le milieu du foot. A l’époque, il s’était fait rappeler à l’ordre par le ministre des Finances Didier Reynders (MR) qui jugeait qu’il ne s’agissait en aucun cas d’une priorité du ministère. Il y eut l’affaire  » Standard-Waterschei  » de 1983 où les Liégeois avaient reconnu avoir acheté la rencontre pour s’assurer le titre en D1. Plus récemment, les soupçons de corruption ont atteint l’ancien président du Sporting d’Anderlecht, Constant Vanden Stock, pour avoir prêté un million de francs à l’arbitre à quelques jours de la rencontre Anderlecht-Nottingham, en avril 1984. Autant de mauvaises affaires et, donc, de bonnes raisons pour inciter la fédération à ouvrir un débat en profondeur sur le fonctionnement des clubs de football, et ce à tous les niveaux de compétition.Pour l’heure elle instruit la plainte de l’Antwerp qui accuse Charleroi d’avoir payé, le week-end dernier, des joueurs de Saint-Trond afin de battre le club de la métropole et ainsi sauvegarder le nouveau club de leur ancien entraîneur d’échapper à la relégation…

Laurent Toussaint

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