Les fétiches Songye

Guy Gilsoul Journaliste

Le Musée de Tervuren nous fait découvrir l’art des Songye à travers une suite d’allers et retours entre une trentaine de fétiches et leur image photographiée par Hugues Dubois

Le Sensible et la force. Tervuren, Musée royal de l’Afrique centrale. Jusqu’au 5 septembre. Du mardi au vendredi, de 10 à 17 heures. Les samedis et dimanches, jusqu’à 18 heures. Tél. :

02 769 52 00.

Ils ont des yeux d’insectes, le visage souvent clouté, la chevelure hérissée de petites lames utilisées lors des initiations et, sur le crâne, une corne plantée. Leur corps de bois, marqué à certains endroits précis de cauris, est couvert de peau de varan ou de singe, de plumes, de tissus, d’accessoires divers et, à la place du nombril, une fenêtre opaque dissimule une préparation secrète préparée par le sorcier. Le plus grand atteint le mètre ; le plus petit ne dépasse pas dix centimètres. Parfois, ce sont des femmes, parfois des hommes, ou encore des androgynes dont on ne décèle pas l’âge. Ils ne sont rien sans le pouvoir du  » nganga « , le magicien, mais rien non plus sans l’art du sculpteur.

Dans la société des Songye (des chefferies installées surtout au Kasaï oriental et au Katanga), ces impressionnants fétiches occupent une fonction essentielle, puisque la plupart d’entre eux interviennent dans le périlleux processus de réincarnation des esprits des morts. Car, là-bas, il est dit qu’au moment du décès, du fait des actions menées ou d’une décision divine, l’esprit peut errer infiniment, dispersant maladies et catastrophes, ou revenir dans la peau d’un bébé à naître, assurant par là même l’équilibre social et l’harmonie.

Dans la première salle de l’exposition, les £uvres sont alignées et appellent la curiosité ethnologique. Si la majorité d’entre elles proviennent des réserves du musée, d’autres appartiennent à des amateurs privés ou encore aux collections publiques d’Anvers ou de Namur. Mais on devine que le concept de l’exposition est ailleurs, annoncé dès l’entrée par une monumentale photographie. En effet, au fur et à mesure du parcours, se mêlant d’abord aux £uvres originales pour n’être que les seules vedettes surdimensionnées de la dernière pièce, ce sont des photographies en noir et blanc qui sont accrochées aux cimaises. Des portraits, davantage que des reproductions, réalisés en studio par Hugues Dubois, qui n’a donc pas, comme dans ses autres travaux scientifiques (pour le musée Dapper ou encore le Louvre, à Paris), cherché à objectiver la beauté d’un objet mais à nouer de liens plus intimes avec l’émotion du tailleur africain, face à la fonction de l’objet. Par l’artifice de l’éclairage, de la mise en scène et du point de vue, ces images bidimensionnelles nous amènent alors à rejoindre à nouveau les objets eux-mêmes, plus humains et troublants que jamais.

Guy Gilsoul

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