Les fantassins de la mondialisation

Eclipsée, l’année du Chien. Tant pis pour la Chine. Cette année, les dirigeants économiques n’ont d’yeux que pour l’Inde. Mais l’opération de charme du deuxième géant asiatique, lancée à Davos avec le slogan  » L’Inde partout « , a vite tourné à l’offensive avec l’assaut de l’Indien Mittal sur Arcelor. La charge est lourde, mais ce n’est la première : depuis deux ans, les entreprises indiennes sont de plus en plus nombreuses à s’aventurer au-delà de leurs frontières. En 2005, on a recensé 136 acquisitions à l’étranger, pour un montant de 4,3 milliards de dollars, soit plus du double de celui de 2004, selon le décompte de Harish H.V., spécialiste des fusions et acquisitions chez Grand Thornton à Bangalore. De la Belgique (rachat en juillet dernier pour 263 millions de dollars du fabricant de médicaments génériques Docpharma par l’Indien Matrix) au Royaume-Uni (le groupe Arpeejay a mis la main sur les thés de Premier Food moyennant 138 millions de dollars) en passant par la France – Thomson a vendu en septembre ses usines de tubes cathodiques à Videocon (290 millions de dollars), la liste des emplettes indiennes s’allonge chaque jour. Avec une prédilection pour les cibles européennes, qui représentent 45 % des opérations.

(éd. La Découverte, à paraître début mars). Ces nouveaux fantassins de la mondialisation ont bien choisi leur moment. La croissance indienne est au plus haut : New Delhi a d’ailleurs revu ses prévisions à la hausse et table sur un bond de 8 % en 2006. La Bourse de Bombay vole de record en record. Elle a progressé de 62 % depuis un an ! Quant aux réserves de changes, elles atteignent 150 milliards de dollars.

Et le gouvernement ? Il se garde bien de mettre des bâtons dans les roues de ses industriels, qui ne comptent pas rester passifs, face à l’offensive chinoise tous azimuts. Dans leur chasse aux bonnes affaires, ils peuvent compter sur les relais d’information que leur procure une diaspora très efficace. Car ces prédateurs ne se limitent pas aux grands groupes traditionnels, à l’instar de Tata, qui a dépensé l’an dernier près de 1 milliard de dollars à l’étranger, s’offrant au passage le célèbre hôtel Pierre sur la Ve Avenue à New York.  » Il s’agit souvent de petites ou moyennes entreprises à la recherche d’une technologie ou d’une masse critique. Le montant moyen des acquisitions s’élève à 32 millions de dollars « , explique le financier Harish H.V. Séduite par les charmes de la mondialisation, l’Inde nourrit des rêves planétaires : en 2006, ses investissements à l’étranger devraient progresser de près de 50 %.

Eric Chol

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