Les exclus du  » miracle « 

Diplômés, mais sans travail : la tension monte autour du chômage des jeunes.

De notre envoyée spéciale

Ce sont des morts sans épitaphe. Ils ont péri, le 24 avril, quelque part entre la côte tunisienne et le sud de l’Italie, dans le naufrage de leur embarcation. Ils étaient 26 candidats à l’immigration clandestine, tous tunisiens. Déterminés à tenter leur chance en Europe, ils étaient partis du petit village côtier de Aouled al-Mabrouk.

En Tunisie, le chômage des jeunes est l’un des problèmes les plus graves auquel se trouve confronté le régime. Le système, clientéliste, a de plus en plus de mal à absorber cette nouvelle main-d’£uvre. La frustration est d’autant plus forte chez ces jeunes que la plupart d’entre eux ont en poche un diplôme dont ils espéraient qu’il serait un sésame pour trouver un emploi. La Tunisie a un taux de scolarisation équivalent à celui de l’Europe et les deux tiers des bacheliers entament des études supérieures. Mais beaucoup de filières débouchent sur des qualifications sans valeur.

Certains jeunes n’hésitent plus à exprimer leur malaise dans la rue. Animée par une poignée d’ex-syndicalistes étudiants, l’Union des diplômés chômeurs organise des sit-in devant certains ministères. Les autorités, qui savent le terrain glissant, sont prudentes. Interpellés, les manifestants passent généralement quelques heures au poste avant d’être relâchésà Le chômage est aussi à l’arrière-plan de la très vive tension sociale que connaît depuis le début de l’année la région minière de Gafsa. C’est la publication, le 5 janvier dernier, des résultats d’un concours d’entrée à la Compagnie publique des phosphates de Gafsa qui a mis le feu aux poudres. La liste des candidats retenus a déclenché une explosion de colère. Les jeunes sont descendus dans la rue, avec le soutien de certains syndicalistes locaux, pour dénoncer la  » corruption  » et le  » népotisme « . Après trois mois d’agitation et des dizaines d’arrestations, le pouvoir a fini, au début d’avril, par temporiser. Ceux qui avaient été mis en prison ont été relâchés, une liste  » complémentaire  » de recrues a été annoncée. Mais la région, dont le taux de chômage avoisinerait les 40 %, alors que la moyenne nationale est officiellement de 14 %, reste en ébullition. Le 6 mai, un jeune homme de 26 ans est mort électrocuté à l’intérieur d’un générateur électrique occupé depuis la veille par un groupe de chômeurs. l

D. L.

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