Les enzymes, chasseurs de micropolluants

Laurence Van Ruymbeke
Laurence Van Ruymbeke Journaliste au Vif

Certains enzymes issus de champignons pourraient venir à bout des micropolluants présents dans l’eau issue des stations d’épuration. Prometteuse découverte à l’UCL…

Sacrés enzymes gloutons ! Les voilà chargés de résoudre le problème des micropolluants détectés à la sortie des stations d’épuration… Les chercheurs de l’unité de bio-ingénierie de l’UCL ont en effet découvert que ces enzymes, provenant de champignons, avaient la faculté de neutraliser ces micropolluants, potentiellement nocifs pour l’homme.

Des hydrocarbures, des phtalates et du bisphénol, issus des déchets plastiques, des herbicides, des pesticides, des traces de médicaments pour bétail, sans compter d’autres micropolluants plutôt métalliques (des composés de zinc, de plomb, etc.), se retrouvent, en effet dans l’eau à la sortie des stations d’épuration . Rejetés dans les rivières, les fleuves et la mer, ces produits peuvent se révéler dangereux pour la faune et la flore et, par le jeu de la chaîne alimentaire, pour les humains. Ainsi, le bisphénol est un perturbateur endocrinien pour les poissons que nous consommons plus tard.

Est-ce à dire que ces éléments nocifs, découverts dans les eaux pourtant traitées en stations d’épuration, sont plus nombreux qu’auparavant ?  » Notre capacité de mesure chimique est de plus en plus pointue, observe Spiros Agathos, professeur de génie biologique à l’UCL. Nous repérons donc de plus en plus de polluants. La consommation globale est aussi en hausse, ce qui augmente de facto les déchets de toutes sortes. « 

Pas d’alarmisme, donc, même si les chercheurs pointent deux dangers : d’une part, le temps qui s’écoule avant que certains polluants ne produisent leurs effets, d’autre part, le décalage entre des réglementations figées et les découvertes scientifiques réalisées en laboratoires, qui ne cessent de progresser, entre autres en matière de pollution des eaux.

Des trous dans le filet

A l’heure actuelle, les micropolluants passent à travers les mailles du filet des stations d’épuration. Celles-ci sont généralement conçues pour traiter les eaux en trois phases : d’abord, enlèvement des cailloux et autres éléments volumineux ; ensuite, dans des cuves de boues activées, transformation des produits organiques en eau et en CO2 ; enfin, polissage qui enlève l’azote et le phosphore des eaux traitées de manière à éviter l’étouffement des grenouilles et poissons dans les rivières et la prolifération des algues. Ce sévère filtrage ne permettant pas de capter les micropolluants, il est désormais question d’ajouter, dans les stations d’épuration les plus récentes, une quatrième étape de traitement. Celle-ci devrait permettre, au moyen de filtres à carbone activé ou d’autres dispositifs, de capter ou de neutraliser les micropolluants réfractaires.

La Suisse, pionnière dans ce domaine, lancera dans deux ans des stations à 4 phases. A terme, les autorités de Lausanne s’orientent même vers le rejet, dans le lac Léman, d’une eau filtrée au point d’être buvable ! C’est précisément dans le cadre de cette 4e étape de filtrage que les enzymes repérés par les chercheurs de l’UCL pourraient être embauchés : glissés dans des filtres, ils agiraient comme catalyseurs pour détoxifier ces polluants, et, ainsi, les rendre non nuisibles pour l’humain.

 » Ce n’est pas pour tout de suite mais c’est imaginable à large échelle dans quelques années, précise Spiros Agathos. Ce procédé offrirait en outre de nouveaux débouchés à la biotechnologie industrielle et, sans doute, des emplois supplémentaires.  » Reste à concrétiser ce projet et à transformer l’idée géniale de chercheurs en activité économique rentable…

LAURENCE VAN RUYMBEKE

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