Les dividendes: l’heure des comptes

Alors qu’il n’avait guère suscité d’intérêt dans la seconde moitié des années 1990, le dividende fait un retour en force. Mais ce n’est pas une raison pour foncer tête baissée sur les actions les plus généreuses

Parmi les propositions faites récemment par le président George W.Bush pour relancer l’économie des Etats-Unis, celle portant sur la défiscalisation pour les particuliers des dividendes payés par les entreprises a retenu l’attention des investisseurs. En effet, après trois années de rendements boursiers négatifs, certains se demandent s’il ne faut pas désormais privilégier l’achat d’actions distribuant un dividende élevé. Décryptons la place du dividende dans la stratégie de l’entreprise et quel intérêt l’investisseur doit y attacher.

Un retour en force? Pour rappel, le dividende payé par une entreprise est la partie des bénéfices après impôts réalisée par celle-ci et distribuée aux actionnaires. Bien que les dividendes participent à la rémunération des actionnaires, ils ne sont ni connus à l’avance ni garantis, ce qui les différencient des intérêts payés par les obligations. Ils sont déterminés sur la base des profits présents et à venir, selon la disponibilité des fonds dont dispose l’entreprise distributrice. L’euphorie boursière de la seconde moitié des années 1990, au cours desquelles certaines actions pouvaient progresser de 15 ou 20 % par an, voire davantage, avait fini par rendre le paiement de ces dividendes presque accessoire aux yeux des investisseurs.

Mais depuis le krach du printemps 2000 et les scandales financiers qui ont ébranlé la confiance dans le système boursier, les investisseurs sont revenus à plus de raison. Par les temps qui courent, un dividende qui tombe à intervalles réguliers, c’est toujours bon à prendre. De plus, le paiement d’un dividendes signifie, en principe, que les profits sont bien réels et non le résultat de  » simples  » manipulations comptables. La politique de distribution des bénéfices jette un éclairage direct sur la qualité de la direction, notamment si elle est maintenue malgré un environnement économique peu porteur.

L’évolution du dividende. La hausse ou la baisse du dividende peuvent être interprétées de plusieurs façons.

1er cas : l’augmentation du dividende

Selon la théorie de la signalisation, le management, réputé mieux connaître l’évolution de ses affaires que l’observateur extérieur, transmet des informations aux marchés via la politique de distribution. Une augmentation du dividende indiquerait que le management a confiance dans sa capacité à faire croître les bénéfices à moyen et long terme, même si d’une année à l’autre les bénéfices reculent. Ainsi, en mars 2002, l’assureur français AXA, tout en annonçant des résultats 2001 en chute de 80% par rapport à 2000, relevait le dividende de 0,55 à 0,56 euros. Cette marque de confiance dans la capacité de redressement d’AXA a valu au titre de progresser de 4,08% sur la séance.

Des chercheurs américains semblent avoir une autre opinion. Selon eux, la hausse du dividende ne signifierait pas une amélioration attendue des résultats mais qu’au contraire l’entreprise entrerait dans une période de maturité caractérisée par la raréfaction des projets d’investissements. Les liquidités qui ne sont pas investies peuvent alors être retournées aux actionnaires sous forme de dividendes. Si l’on en croit cette récente théorie, les perspectives de croissance seraient moins fortes, mais elle implique aussi que les risques associés à l’entreprise deviennent un peu moins élevés, ce qui entraînerait une hausse du cours.

En tout état de cause, la distribution de dividendes reste selon nous une meilleure alternative aux projets dilapidant les liquidités de l’entreprise. A la lumière des derniers événements boursiers, mieux vaut distribuer un excès de liquidités que de l’investir dans des projets pharaoniques ou d’acheter à la direction un jet privé.

Quand une entreprise peut réinvestir ses capitaux à un taux de rendement supérieur à celui du marché des actions, il vaut mieux qu’elle ne distribue pas de dividende. Par contre, lorsqu’elle n’a pas de meilleur choix à sa disposition (expansion, rachat d’un concurrent, placements financiers…), le paiement d’un dividende trouve toute sa justification.

2ème cas : la baisse du dividende

La réduction du dividende par une entreprise est un mauvais signe, d’autant que les dividendes voient, en général, leur progression lissée dans le temps pour éviter les à-coups qui perturbent les investisseurs. C’est un signe avant-coureur de la dégradation de la rentabilité future (proximité de plans de restructuration, d’amortissements d’investissements réalisés dans de mauvaises conditions) ou que la structure financière est en péril. Ainsi, les groupes financiers Crédit suisse et Zurich Financial Services viennent d’être contraints à une baisse de leurs dividendes pour 2002 suite à des résultats financiers catastrophiques.

Soulignons néanmoins que la réduction du dividende peut se justifier si elle est une contrepartie à une hausse des investissements. Pour autant, rappelons que ce ne sont pas les groupes qui investissent le plus qui font le mieux progresser leur cours de Bourse. Ainsi que l’ont confirmé les récents événements en Bourse, les managers de certaines très grandes entreprises ont vite tendance à vouloir dépenser des sommes colossales dans la création d’empires économiques qui ne créent pas de richesse actionnariale. Il s’agit donc de trouver le bon équilibre entre l’excès de liquidités et le surendettement.

Microsoft, assis sur des liquidités se montant à environ 40 milliards de dollars et confronté à un marché de l’informatique entrant petit à petit dans une phase de maturité, pourrait faire un effort dans ce domaine en payant un dividende.

Quelles actions ? Pour un investisseur en quête de placements plus lisibles et moins risqués, il peut être intéressant, dans le contexte actuel, de diversifier son portefeuille avec des actions présentant un rendement plus important que la moyenne comme Volkswagen (5,1%), ABN Amro (5,6%), GIMV (5,6%) ou encore ING (6,2%). Ces beaux rendements, flattés il est vrai par la chute des cours, ne doivent cependant pas vous faire acheter un chat dans un sac car:

le montant du dividende n’est pas garanti. Par conséquent, chaque entreprise est libre de le revoir à la baisse si ses finances se dégradent ou si un important projet d’investissement se profile;

un rendement élevé ne vous met pas à l’abri d’une contre-performance du cours. Ainsi, l’américain General Motors rémunère ses actionnaires à hauteur de 5% mais peine à améliorer fondamentalement sa rentabilité et limite, selon nous, le potentiel de hausse de l’action à brève échéance;

certaines entreprises offrent un rendement intéressant mais vous privent de certains droits liés à l’action (par exemple le droit de vote aux assemblées générales);

la cherté ou non de l’action reste le premier critère dans le choix d’un investissement.

Outre-Atlantique. Pour ce qui est des Etats-Unis, il est trop tôt pour dire de combien les marchés américains progresseraient si les mesures Bush étaient mises en pratique, d’autant que d’autres variables entrent en jeu (menace de guerre en Irak). De plus, les signes de redressement des bénéfices des entreprises continueront à guider la tendance. Enfin, les 4/5èmes des Américains investissant en actions le font via des fonds d’épargne-retraite qui ne paient pas de taxes sur les dividendes. Les 7 à 10% de progression avancés pas la Maison-Blanche nous semblent donc très ambitieux.

Néanmoins, ces mesures contribueront au retour d’un climat de confiance. Une entreprise ne payant pas de dividende serait jugée sévèrement par les investisseurs qui craindraient que les bénéfices soient de mauvaise qualité (sans bénéfice, pas de dividende). Le paiement de dividendes serait donc un signe de confiance dans la gestion et les résultats de l’entreprise. Les entreprises auront de nouveau plus facilement accès au marché des capitaux si un climat plus serein se réinstalle.

Conclusions. Les dividendes semblent donc revenir en force (adepte de l’augmentation régulière de son dividende, l’américain Philip Morris vient d’augmenter le sien de 10%) alors que les entreprises essaient par tous les moyens de reconquérir la confiance de leurs actionnaires. Mais à moins de 2% de rendement pour le S&P 500 (indice des 500 plus grandes entreprises américaines), nous restons loin des 6% du début des années 1980. Prêtez attention aux entreprises qui augmentent leurs dividendes tout en maintenant une structure financière saine et une capacité à mobiliser des capitaux pour des investissements. Ne vous précipitez pas sur les actions américaines car nous ne savons pas encore si les étrangers bénéficieront de la défiscalisation des dividendes. D’ailleurs, toutes n’en valent pas la peine…

Pierre Samain (Budget Hebdo)

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