Les chevaux de bataille du CD&V

1. Royauté: L’amour-haine du CD&V pour la monarchie

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la famille sociale-chrétienne, longtemps considérée comme le pilier le plus sûr de la monarchie. A l’ère d’Yves Leterme, le CD&V ne cultive plus la connivence qui liait Wilfried Martens au roi Baudouin. Le parti a relâché l’alliance objective que le CVP entretenait avec le Palais royal. Mais ce travail de distanciation s’opère prudemment. Les liens privilégiés entre Baudouin et le Premier ministre Martens montraient encore  » le poids du roi sur le CVP, au travers du soutien apporté à l’un de ses hommes forts « , commente Vincent Dujardin, historien à l’UCL. Sous le règne d’Albert II, le CD&V a encore manifesté des marques de soutien ou de compréhension pour l’institution monarchique.  » En mai 2000, le député Pieter De Crem s’interrogeait sur l’éventualité d’octroyer aussi une dotation au prince Laurent, estimant illogique que la princesse Astrid perçoive une dotation, et non son frère « . Huit ans plus tard, le ton est nettement plus critique lorsque le sénateur CD&V Pol Van Den Driessche interpelle le Premier ministre Leterme sur l’opportunité de cette dotation princière. Huit ans d’opposition, marqués aussi par le cartel avec la N-VA, ont radicalisé, sur le plan communautaire, une nouvelle génération au sein du CD&V. La Belgique et le ciment que représente encore la monarchie pour l’unité du pays ne sont plus nécessairement le premier choix du parti.  » La manière dont Yves Leterme, alors ministre-président du gouvernement flamand, a publiquement critiqué la mise en cause d’un séparatisme feutré formulée par le roi au début de 2006, marque une évolution « , relève encore Vincent Dujardin. Ce qui n’a pas empêché le même Leterme, encore ministre-président flamand, d’annoncer sa volonté de ne pas réformer la monarchie. Le CD&V préfère plutôt éviter un sujet qui fâche.

2. Entreprises publiques: Le retour de l’Etat-CVP n’est pas pour demain

Bonjour Elio, comme tu le sais, la situation est très tendue à Belgacom à l’encontre de l’administrateur délégué francophone (Didier Bellens), dont le mandat vient à échéance…  » Ainsi commençait le mail réceptionné il y a quelques semaines par Elio Di Rupo, président du parti socialiste. A la plume : un administrateur indépendant de la société de télécommunications. Le texte qui suit en dit long sur les passes d’armes qui animent les coulisses du pouvoir.  » Les Flamands instrumentalisent le comité des rémunérations (de Belgacom) pour mettre, à terme, un homme ou une femme à eux à la tête de l’entreprise qu’ils estiment être un bastion flamand et qu’ils veulent privatiser à leur sauce. « 

L’auteur de ce courrier électronique se méfie des réseaux CD&V :  » On est assez mal placé pour le moment avec la ministre flamande CD&V (Inge Vervotte), à laquelle (Maurice) Lippens et (Lutgart) Van den Berghe ont accès directement… « 

Gourmand, le CD&V ? Relégué dans l’opposition en 1999, le parti a vécu une longue saison de vaches maigres. Pendant presque neuf ans, ses apparatchiks ont dû se contenter de cacahuètes. De quoi générer pas mal de frustrations. Au pouvoir sans interruption de 1958 à 1999, les chrétiens-démocrates ont longtemps eu la mainmise sur la quasi-totalité de l’appareil d’Etat.

Aujourd’hui de retour au gouvernement fédéral, le CD&V tente-t-il de remettre le grappin sur les entreprises publiques ? Pas vraiment. D’abord, parce qu’il n’en a pas les moyens : fragilisé par une situation politique mouvante, le parti chrétien-démocrate n’est pas en mesure de reconstituer l’Etat-CVP. Ensuite, parce que la jeune génération se désintéresse quelque peu de la question. Les actuels dirigeants du CD&V se considèrent comme flamands avant tout, et leur vision de l’économie est davantage influencée par le libéralisme : du coup, pour le parti, le contrôle des grandes entreprises publiques belges n’est plus aussi prioritaire que par le passé. A vrai dire, parmi les ténors du CD&V, Etienne Schouppe est le seul à considérer ce dossier-là comme prioritaire.

N’empêche, les chrétiens-démocrates ne perdent pas leur temps… Ce n’est pas un hasard si les entreprises publiques sont tombées dans l’escarcelle d’une ministre CD&V, en l’occurrence Inge Vervotte. Le parti vient aussi de décrocher le poste de gouverneur de la province d’Anvers, qui échoit à Cathy Berx, alors qu’il s’agit depuis toujours d’un bastion libéral.

3. Défense: Le retour à une armée plus guerrière

La riposte a été foudroyante. A peine installé aux commandes de la Défense, le CD&V Pieter De Crem s’est empressé de marquer de sa griffe toute personnelle un département géré huit ans durant par son meilleur ennemi, le PS André Flahaut. La volonté exacerbée du nouveau ministre d’en découdre avec son prédécesseur et de mettre à mal son héritage l’a amené à multiplier les initiatives, de manière parfois irréfléchie. Quitte à devoir amorcer une courbe rentrante, voire à battre prudemment en retraite. Il n’empêche. Au-delà de la querelle personnelle, De Crem annonce clairement la couleur du CD&V : les démocrates-chrétiens flamands veulent renforcer la teinte kaki de l’armée. Réorienter les militaires sur leur métier de base.  » L’armée, agence humanitaire, c’est fini !  » a tonné le nouveau ministre de la Défense. Cap sur un retour marqué dans le giron de l’Alliance atlantique. L’effort militaire de la Belgique aura pour but de redonner à l’Otan l’image d’un partenaire loyal. Soucieux de tenir son rang parmi les alliés engagés dans les missions à l’étranger. Même les plus périlleuses : les quatre chasseurs F-16 envoyés dans le sud de l’Afghanistan n’y feront pas de la figuration et participeront, si nécessaire, aux bombardements, a averti récemment un De Crem offensif, devant des parlementaires attentifs. Et le prochain défilé du 21 juillet n’aura plus rien d’une  » fancy-fair « , a encore prévenu le bouillant ministre.

Les moyens du bord resteront cependant inchangés à la Défense : un budget corseté, des effectifs promis à une cure d’amaigrissement accélérée. Le dégraissage annoncé vise aussi le nombre des généraux, cadre en voie… de flamandisation, ont hurlé les francophones en apprenant le premier train de nominations décidées par De Crem. Le Vlaams Belang, lui, n’a rien trouvé à redire aux choix du ministre CD&V. Un signe qui ne trompe pas.

4. Bruxelles: Ville honnie du CD&V

C’est comme ça : le CD&V n’aime pas Bruxelles. Certains membres du parti détestent franchement la capitale belge. D’autres éprouvent des sentiments plus mitigés. Mais la ville suscite un gros malaise chez (presque) tous les chrétiens-démocrates.

Traditionnellement divisé en plusieurs piliers antagonistes, le CD&V semble d’ailleurs étonnamment uni s’agissant de Bruxelles. L’aile conservatrice du parti est allergique à cette métropole cosmopolite, lieu de bouillonnement, mais aussi de désordre et de délinquance. Le Boerenbond, regroupant les agriculteurs chrétiens, contribue à faire du CD&V un parti fondamentalement non urbain. Quant au Mouvement ouvrier chrétien, il garde une dent contre la bourgeoisie francophone de Bruxelles, qui reste malgré tout influente, et qui fait figure d’ennemi de classe. Enfin, les plus flamingants (Eric Van Rompuy, Luc Van den Brande, Michel Doomst…) ne digèrent toujours pas la francisation de cette ville autrefois flamande. Bref, l’identité même de Bruxelles est en contradiction avec l’ossature idéologique du CD&V.

La section bruxelloise du CD&V s’est souvent démarquée de la direction nationale du parti. En 2004, elle a par exemple voté contre la formation d’un cartel avec la N-VA. Jos Chabert, ministre du gouvernement régional bruxellois de 1989 à 2004, s’est par ailleurs distingué par sa vision relativement progressiste de la ville. En 2004, il a cependant été remplacé par Brigitte Grouwels, qui est désormais l’unique représentante du CD&V au sein de l’exécutif bruxellois. D’aucuns y voient un signe de la radicalisation du CD&V sur le plan communautaire.  » Chabert est un Vlaamse Brusselaar, tandis que Grouwels est une Brusselse Vlaming « , indique une figure du CD&V. Autrement dit : Chabert se sent avant tout bruxellois, même s’il parle le néerlandais ; Grouwels se considère d’abord comme une Flamande, bien qu’elle vive à Bruxelles… La distinction est subtile, mais lourde de sens.

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Ph.E., P. Hx et F.B.

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