Les chefs manquants de l’administration wallonne

Michel Delwiche
Michel Delwiche Journaliste

Train de nominations en vue à la tête de la fonction publique wallonne, en attendant la réforme de… 2014 et l’évaluation du travail des dirigeants.

Depuis des mois, des pans entiers de l’administration wallonne sont dans l’incertitude et attendent la désignation de leurs dirigeants. C’est que le précédent gouvernement wallon s’est révélé incapable de mener à terme la réforme qu’il avait lui-même lancée et qui consistait à mettre en place des dirigeants recrutés pour leurs compétences par le Selor (le bureau de sélection de l’administration), et ensuite soigneusement choisis par les ministres. Des dissensions internes ont bloqué le processus et l’approche des élections régionales de juin aurait rendu indécentes des nominations partisanes.

Aujourd’hui, au sein du Service public de Wallonie (SPW), seuls six des dix mandats les plus importants ont un responsable nommé. Les quatre autres ont fait l’objet d’une désignation temporaire. Dans les pararégionaux, c’est pareil, voire pire : au Forem par exemple, quatre des cinq plus hautes fonctions ne sont pas attribuées.

 » Cette situation n’est pas saine, elle est surtout source d’inquiétude et, donc, de stress inutile au niveau des agents et ne participe pas à une bonne gouvernance publique « , a reconnu le nouveau ministre de la Fonction publique Jean-Marc Nollet (Ecolo) devant le parlement wallon. Le ministre veut donc y mettre bon ordre. Le gouvernement va prochainement nommer une série de directeurs généraux choisis parmi les lauréats du Selor, et accélérer le recrutement pour les autres postes manquants (une dizaine). Imminente aussi, annonce-t-il, la désignation des inspecteurs généraux qui avait fait l’objet d’un donnant-donnant entre PS et CDH, et que le gouvernement précédent n’avait pas osé poursuivre.

Tous ces hauts fonctionnaires, en place ou qui le seront bientôt, sont assurés de leur poste jusqu’en 2014. Au lendemain des prochaines élections régionales, leur mandat sera en effet remis en jeu. Le projet de réforme présenté par Jean-Marc Nollet prévoit que les mandataires seront désignés par le nouveau gouvernement quelques mois après son installation, pour la durée de la législature. Et le gouvernement suivant agira de même. L’adage selon lequel  » Les ministres passent, l’administration reste  » aurait-il vécu ?

Une évaluation permanente

D’autant que les patrons de l’administration ne sont pas assurés d’aller automatiquement au terme de leur mandat de cinq ans : six mois après leur entrée en fonction, ils se verront déjà attribuer un bulletin par le gouvernement, avec la possibilité d’une cote d’exclusion.  » C’est un peu comme un contrat avec une période d’essai « , analyse Jean-Marc Nollet, qui estime que la formule,  » en renforçant le dialogue entre les ministres et l’administration, permet plus d’efficacité, de cohérence et encourage la responsabilité de chacun « .

Pour prétendre à l’un de ces postes tant convoités, le candidat devra faire valoir une expérience d’au moins huit ans dans une fonction de haut niveau, dont cinq ans dans une fonction de direction. Ce qui limite l’arrivée de sang frais. Il devra également être titulaire du brevet de l’Ecole d’administration publique, encore à créer, mais dont Namur et Charleroi se disputent déjà le siège.

Dans l’opposition, le chef de groupe MR Willy Borsus voit dans cette réforme des avancées positives et espère une fonction publique modernisée, indépendante, efficace, avec des capacités d’analyse et de proposition, et surtout  » libérée du joug de la politisation « . Actuellement, les postes à responsabilité sont en effet très majoritairement détenus par des fonctionnaires étiquetés PS.  » C’est vous qui le dites, ironise Jean-Marc Nollet, moi je n’ai pas de statistiques… « 

MICHEL DELWICHE

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