Les atouts (futurs) d’une grande ville

Michel Delwiche
Michel Delwiche Journaliste

Pas de Charleroi 2015 pour la culture (c’est Mons) ni de Charleroi 2017 pour l’Expo (Liège est candidate). Plus tard peut-être, mais la ville, qui subit une véritable opération à cour ouvert, ne manque pour autant ni d’espoirs ni de projets concrets soutenus par des partis.

Cette ville doit se réconcilier avec son passé, estime le bourgmestre Jean-Jacques Viseur (CDH). Charleroi est la première métropole de Wallonie. Et dispose d’atouts économiques très importants (Caterpillar, Thales, Alstom, Sonaca, Nexans, AGC, Arcelor, l’Aéropôle) qui fournissent du travail à des milliers de personnes. Celles-ci ne sont pas toutes de la région. Alstom, par exemple, compte un tiers d’ouvriers, dont 90 % habitent Charleroi, un tiers d’employés, dont 60 % vivent à proximité, et un tiers de cadres et ingénieurs, dont 30 % seulement vivent dans la région. Si la sécurité et la salubrité sont assurées, si Charleroi leur procure tout ce qu’une grande ville peut proposer, sur le plan culturel ou Horeca, sur le plan de la qualité de la vie, ces gens pourraient devenir des Carolos. Quelle ville leur offre, dans le centre, une piscine olympique comme l’Hélios, qui sera rouverte fin novembre, totalement modernisée ? « 

Charleroi ne manque pas non plus d’ambition : c’est Jean Nouvel, l’architecte dont on peut admirer les réalisations dans le monde entier et au Pass à Frameries, qui signera le nouvel hôtel de police (lire l’article en page 116).

Réclamer son dû

Olivier Chastel (MR) pointe de son côté toute une série de projets qui vont changer la ville : la porte des Arts (à l’ancienne Banque nationale), le campus technologique, le pôle audiovisuel (un studio commun RTBF-Télésambre, Dreamwall…). Un ensemble de réflexions novatrices sur le plan de la formation et de l’enseignement, en matière culturelle, de mobilité, de sports…  » Mais à Charleroi, précise-t-il, on a tellement le nez sur le guidon, occupés à reconstruire une ville sinistrée.  » Et il estime que sa ville n’est pas toujours aidée. Le pôle audiovisuel, par exemple. Il a fallu que la RTBF et Télésambre s’associent pour le nouveau studio (8 à 12 millions d’euros). Mais ce ne sera évidemment pas Media Rives, le nouveau complexe de la RTBF à Liège (37 millions d’euros), financé aux deux tiers par la Région wallonne.  » Charleroi est la ville la plus discriminée par la majorité en place à la Région wallonne sur le plan des investissements et du crédit, s’insurge le ministre libéral. Par rapport à Liège, on a perdu 30 millions par an pendant des années au Fonds des communes. La sidérurgie : c’est l’union sacrée à la Région pour rouvrir les hauts-fourneaux, mais ici, comme à La Louvière, il y a deux ans que les installations sont fermées. Les subsides de la Communauté française pour la culture : Charleroi reçoit 1 euro quand Liège en reçoit 4. Charleroi-Danse est obligé d’être à moitié à Bruxelles pour pouvoir continuer à exister. Il n’y a même pas un Carolo au conseil d’administration de la RTBF !  » Charleroi n’a pas son minimum dû, estime-t-il. Et de pointer que dans la  » guerre des bassins « , on cite toujours Liège, Charleroi étant par contre remplacé par le mot Hainaut : Mons ou Tournai. Le président du PS Elio Di Rupo et le ministre-président Rudy Demotte (PS) affichent une volonté de  » tirer une partie de la couverture  » en faveur de leurs villes.

Du R9 au R3

 » Nous avons un retard de 20 ans, constate pour sa part Jean-Marc Nollet (Ecolo), mais ça bouge : le projet commercial Rive gauche, le plan de rénovation urbaine, l’extension de Ville 2, la gare de Gosselies (Charleroi Nord). Ça ne peut qu’aller mieux, d’autant que, dans tous les partis, une nouvelle génération a pris la relève : Paul Magnette, Véronique Salvi, Olivier Chastel et… moi-même. « 

Charleroi, pour l’Ecolo, c’est une métropole multipolaire : au nord, les centres de recherche, l’aéroport, l’Aéropôle, Biowin et Greenwin ; à l’est, bientôt le premier écozoning de Wallonie ; à l’ouest, il y aura le nouveau stade et la porte des Sports ; et au sud, le poumon vert, le tourisme, l’abbaye d’Aulne, les lacs de l’Eau d’Heure…  » Il faut élargir le regard, dit-il, passer du R 9, le petit ring, au R 3, plus large que la seule agglomération.  » Et ne pas laisser passer les opportunités.  » Quelle stupidité d’avoir, pour des raisons idéologiques, refusé de donner à l’UCL, fin des années 1960, les terrains au nord de Charleroi. La ville serait aujourd’hui bien différente !  » Enseignement toujours : Jean-Marc Nollet pense que la priorité doit être mise sur les baccalauréats.  » L’enjeu, dit-il, c’est d’ouvrir la porte de l’université à ceux qui n’en ont pas près de chez eux. A peine 17 % des jeunes de la région vont à l’université, pour 40 % en Brabant wallon. « 

Un plan stratégique

Très méthodique, Paul Magnette, après avoir consulté tous les milieux (politique, affaires, social, culture), a déjà rédigé les priorités qui seront celles du PS pour les communales. Un grand plan en cinq axes.

La jeunesse.  » Nous avons une population jeune, et une évolution démographique qui devrait permettre à Charleroi de compter 250 000 habitants dans 15-20 ans. Nous devons construire au minimum une crèche et une école chaque année. Dans l’aménagement de la ville, nous devons démontrer qu’elle est jeune. Charleroi compte une série de dents creuses qui pourraient facilement être aménagées : un petit jardin, un terrain de basket, une piste de skate. Cela favoriserait la convivialité. Les aménagements urbains peuvent ainsi lutter contre l’insécurité : quand les gens se connaissent…  »

Le logement.  » On ne peut plus se permettre l’étalement actuel de l’habitat. Au XXIIe siècle, tout le monde vivra en ville. Nous sommes en train de répertorier tous les terrains disponibles, et de les classer : ceux qui ne sont pas constructibles, les espaces verts qui doivent le rester, et ceux qui pourraient accueillir du logement, grâce à des partenariats public-privé, des micro-quartiers de 30 à 300 logements, des lieux de vie.  »

Le plan vert.  » Charleroi est la ville la plus verte de Wallonie, avec ses nombreux parcs, ses terrils, mais elle n’en tire aucun profit. Il faut élaborer un grand plan vert et bleu, fondé sur les Ravel et les quais. Tirer profit aussi de l’Eau d’Heure, qui se jette dans la Sambre, autour de laquelle on pourrait imaginer un parc naturel allant jusqu’aux barrages. Aménager des sentiers de promenade sur la chaîne des terrils.  »

La mobilité.  » Nous aurons le métro, et un bus en site propre pour la sortie sud. Les parkings de voitures seront enterrés, et tout le centre en zone 30 (il y a déjà tellement d’écoles). Nous aurons des pistes cyclables partout, en complément au Ravel, avec des parkings pour vélo, et nous sommes en discussion avec la SNCB pour obtenir un point vélo à la gare, avec parking, atelier… Mais mon rêve, ce serait d’avoir des bateaux-bus sur la Sambre, pour emmener les supporters au stade de Marchienne, ou les travailleurs à l’écozoning de Farciennes.  »

L’accueil du citoyen.

 » Charleroi, c’est 15 à 20 villages et quartiers. Tous les services qui ne sont pas en contact direct avec la population vont être regroupés (un millier d’agents), mais les autres doivent être décentralisés, par exemple vers les anciennes maisons communales. Ce sera le cas avant la fin de la législature à Dampremy, où le bâtiment, une sorte de petit château installé dans un parc, accueillera un point police, un point poste, des services administratifs, un local pour le troisième âge, un pour la maison de jeunes, un terrain de basket, une piste de skate, et la fête du quartier pourra s’y organiser. Nous devons cultiver notre polycentrisme. « 

MICHEL DELWICHE

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