L’errance du Vaisseau fantôme

Le brillant metteur en scène Guy Cassiers monte Der fliegende Holländer (Le Vaisseau fantôme), de Wagner, à la Monnaie

Der fliegende Holländer, à la Monnaie, à Bruxelles. Avec Egils Sillins/Thomas Tómasson, ténor, et Anja Kampe/Hélène Bernardy, soprano. Du 6 au 31 décembre 2005 (le 27 décembre : représentation pour les familles). Le 20 décembre à 20 h 15 : retransmission en direct sur Arte et sur la RTBF. Tél. : 070 23 39 39 ; www.lamonnaie.be

Il y a des traces d’Ulysse dans la légende du Hollandais volant, dans celle du Juif errant et de tous les personnages mythiques condamnés à des pérégrinations expiatoires. Tous les sept ans, le navigateur réprouvé accoste le rivage en quête de l' » ange de Dieu  » qui le délivrera, par la mort, de sa malédiction. Faute originelle, errance, rédemption par l’amour, Wagner est au c£ur des thèmes qui inspireront toutes ses £uvres à venir. Et si Der fliegende Holländer, alias Le Vaisseau fantôme, créé en 1843, mêle encore des influences italiennes et françaises, il présente une unité toute neuve, romantique et allemande, par la place éminemment expressive de l’orchestre, l’usage affirmé du leitmotiv et un lyrisme poétique somptueux. Avec ce Hollandais, le  » drame musical  » selon Wagner se met en place…

Pour sa nouvelle production, la Monnaie sort des sentiers battus. La pièce de Kris Defoort, The Woman Who Walked Into Doors, bouleversante, poignante, drôle, hors normes à tous points de vue et mue par une profonde unité, avait marqué les esprits. Guy Cassiers en signait la mise en scène. C’est à lui que Bernard Foccroulle, directeur de la Monnaie, a confié Le Hollandais, lançant ainsi Cassiers dans sa première grande production d’opéra, en tandem avec Kazushi Ono, directeur musical des lieux. Il sera donc bien question d’opéra, de musique et de Wagner, mais sous des formes théâtrales alternatives, à coup sûr.

 » L’amour ne permet pas d’atteindre le métaphysique. C’est la superbe dualité de l’£uvre, déclare Cassiers. C’est en effet toute la différence de perspective entre les deux héros : Senta, l' » ange de Dieu « , rencontrée dans le village où accoste le Hollandais, est dans le présent, un présent pénible et terne, soudain transfiguré par l’amour ; le Hollandais, lui, est tributaire d’un lourd passé à assumer, il n’y a d’autre avenir pour lui que la mort (salvatrice). On peut y voir une représentation de l’éternel malentendu consistant à confondre l’autre comme objet d’amour idéal avec l’amour lui-même. Il n’y a moyen d’avancer que si on trouve son idéal en soi…  » Magnifique entrée en matière. Quels moyens scénographiques vont pouvoir en témoigner ?  » Toute la mise en scène est articulée sur deux éléments naturels : l’eau et le métal, le cuivre en l’occurrence, explique Cassiers. L’eau est omniprésente, insaisissable, elle touche à la dimension psychanalytique de l’£uvre ; le métal est un symbole de force et de stabilité. L’eau sera évoquée essentiellement à travers des images vidéo, le métal à travers deux immenses radars disposés sur la scène, points fixes autour desquels s’agitent ou se repèrent les activités humaines. Mon objectif est d’accompagner le public dans un processus allant de l’extérieur vers l’intérieur, partant des images de la nature pour entrer dans la dimension des sentiments et des émotions. Il y sera aussi question de la représentation de l’autre et de l’évolution de cette représentation.  »

Des personnages de chair et de sang

Les images filmées forment donc une partie essentielle du visuel ?  » Tout a été filmé en Bretagne, mais j’y ajoute des images filmées live durant la représentation, notamment au début du IIe acte, avec les travaux des femmes, dans l’univers de Senta, une façon de traduire en grand et en visible une énergie intérieure et cachée.  » Bien qu’il s’en défende, Cassiers ne lâche pas le fil psychologique :  » Oui et non. Je ne raconte pas une histoire à proprement parler mais, guidé par la musique, j’essaie de donner une vie de chair et de sang à des personnages qui, sinon, resteraient des mythes. Mon idée, qui est aussi mon défi, est de donner au spectateur des impulsions qui lui permettent de se faire son propre cinéma.  » Avec ses leitmotive, Wagner utilise le même processus : quel lien entre le langage du compositeur et celui du metteur en scène ?  » Il y a évidemment confrontation, mais aucune substitution.  » La suite à la scène.

Martine D.-Mergeay

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