L’écurie qui roule pour la Wallonie

 » Sauvez Francorchamps  » : on en a vu beaucoup qui arboraient l’autocollant lors des différentes campagnes de défense du circuit spadois et de la présence de la F 1 sur le sol wallon. Beaucoup de personnalités s’évertuent à parader sur la grille de départ d’un GP, mais, dans les paddocks politiques, l’écurie informelle qui pilote le dossier forme un lobby plutôt select.

Commissaire Bacquelaine

Occupé par ses activités professionnelles, Yves Bacquelaine n’est pas aussi souvent à Francorchamps que son collègue Jean-Marie Happart. Qu’on ne s’y trompe pourtant pas : le président de la Société de promotion du circuit de Spa-Francorchamps (SPCSF) est un vrai spécialiste du sport auto, auquel il consacre nombre de ses week-ends depuis très longtemps. A 55 ans, celui qui, à la ville, exerce ses talents dans le secteur immobilier (comme administrateur délégué de la Compagnie immobilière de Wallonie et président de la société de construction Réforme et Nizet Thirion) peut se prévaloir, en bord de piste, d’une expérience de commissaire de course et de membre du Royal automobile club de Belgique, dont il préside toujours la Commission sportive. Côté jardin sportif, il connaît donc les  » rats de paddock  » et est reconnu par eux. Côté cour politique, en revanche, les choses sont moins claires : si l’homme de Beaufays a été nommé par le ministre du Budget (PS), Michel Daerden, à la présidence de la SPCSF, c’est contre l’avis d’un certain nombre de mandataires du parti auquel il est apparenté, le MR. Heureusement, ces douces inimitiés sont compensées par divers arguments, dont la disponibilité de son député fédéral de frère, Daniel Bacquelaine, par ailleurs bourgmestre de Chaudfontaine, et la bienveillance du président de son parti, Didier Reynders, proche par les racines (liégeoises) et les affinités pour les sports moteurs.

Carré d’as

L’ancien ministre wallon et actuel gouverneur de la province de Liège Michel Foret (MR) était monté au créneau de la lutte pour le report de l’interdiction de la publicité tabac en 1992. Le ministre Michel Daerden (PS, photo) s’était chargé, en 1993, de la restructuration des instances dirigeantes de Francorchamps. Plus dans l’ombre, Jean-Paul Mawet (PS), patron de l’intercommunale mixte de promotion touristique Aqualis et cheville ouvrière du nouveau centre thermal de Spa, assume la charge de directeur général de la SPCSP. L’actuel ministre wallon de l’Economie Jean-Claude Marcourt (PS) pilote les négociations sur le nouvel accord avec Bernie Ecclestone. Ce carré d’as moins passionnés d’automobile semblent principalement motivés par la défense d’un dossier de poids dans leur fief provincial liégeois.

Tu seras pilote, Monfils

Téléspectateur régulier des joutes de la F 1 et spectateur occasionnel de courses moins en vue, le sénateur liégeois Philippe Monfils (MR) a été vu à plusieurs reprises au volant de voitures de compétition. En Procar, notamment. C’est dire qu’il convient de le considérer, lui aussi, comme un incontestable passionné du point de corde et du contrebraquage. La discrétion dont fait preuve le réformateur liégeois depuis 2004 en la matière ne doit pas faire oublier qu’il est, avec Jean-Marie Happart (PS), celui qui s’est battu avec le plus de fougue pour que les modalités de l’interdiction de la publicité tabac ne sonnent pas le glas du Grand Prix de Belgique 2003. En vain, certes, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé. Un rapport universitaire sur les retombées économiques du GP en a fait les frais sur un plateau de télé : il l’avait déchiré devant les caméras.

La passion selon Kubla

Serge Kubla n’était pas un assidu des circuits avant de se retrouver ministre du gouvernement wallon, mais le sport automobile était loin de le laisser de marbre. De quoi inciter le titulaire MR du portefeuille de l’Economie qu’il était en 2003 à sauter dans le wagon bien médiatique de Francorchamps. Opportunisme politique ? Pas seulement. L’homme a vraiment été sur tous les fronts pour tenter de sauver, puis, surtout, pour ressusciter le Grand Prix de Belgique. Les négociations avec Bernie Ecclestone, c’est lui. La lettre au président de Meusinvest afin que la société parapublique de développement économique apporte sa garantie au grand manitou de la F 1, c’est encore lui. Les appels du pied à la Smap, Interbrew, Belgacom et la Lloyd en faveur de l’événement spadois, c’est toujours lui. En sollicitant des sociétés privées, le fort en gueule de Waterloo et candidat gouverneur du Brabant wallon a sans aucun doute fait montre de son dynamisme. Ce rôle controversé de démarcheur ministériel, un Daerden, officiellement, s’y est toujours refusé.

Un poisson nommé Jean-Marie

L’intérêt de Jean-Marie Happart (PS) pour la compétition sur quatre roues s’est longtemps focalisé sur la seule F 1, et qui plus est, par médias interposés. Le petit monde des sports mécaniques belges ne reconnaissait donc pas le frère jumeau de José comme l’un des siens avant que, au côté de Philippe Monfils, il n’enfourche sa monture à l’assaut des militants antitabac pour tenter de sauver le Grand Prix de Belgique du péril écologiste et, bien sûr, de la vindicte flamande. Ce combat a valu au sénateur de se faire nommer président de l’Intercommunale du circuit de Spa-Francorchamps (ISP) et vice-président de la SPCSF. Une merveilleuse tribune pour prêcher la bonne parole francophone en pourfendant l’injustice liée à l’appellation honteusement usurpée d’un Grand Prix  » de Belgique  » soutenu financièrement par la seule Région wallonne ? Sans doute. L’homme ne s’en investit pas moins à 100 % dans son travail. En témoigne son omniprésence sur le circuit, où il se sent comme un poisson dans l’eau de Spa.

 » Le  » lobby

Entre autres activités, le Royal automobile club de Belgique (RACB) représente la Fédération internationale de l’automobile (FIA) dans notre pays. Haute instance du sport automobile national, il en supervise donc toutes les activités, du circuit au rallye en passant par les autres disciplines moins en vue (slalom, rallycross, karting…). L’institution de la rue d’Arlon, à Bruxelles, ne se contente pourtant pas d’accorder des licences de pilotage, de déléguer des commissaires sportifs ou de procéder à des contrôles techniques. Elle joue également un rôle de lobbyiste auprès du monde politique. Pour ce faire, rien de tel qu’un président au pouvoir d’influence bien trempé. Quand il s’est agi de trouver un successeur au regretté John Goossens (administrateur délégué de Belgacom), le choix s’est donc porté sur un autre poids lourd économique : François Cornelis, président de AtoFina (la branche chimie du Groupe TotalFinaElf). Celui- ci a veillé à rester en terre de connaissance, puisqu’il a rapidement nommé au poste de directeur général un de ses anciens subordonnés, Michel Jodogne (photo). Fort de sa longue expérience de responsable du sponsoring chez Fina (puis TotalFina), celui-ci dispose lui aussi d’un carnet d’adresses bien fourni. l

Christophe Engels

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content