Le Vlaams Belang ne fait plus peur

Eva Brems

Lors de mes contacts avec des collègues néerlandais, un sujet domine actuellement les conversations : le procès de Geert Wilders. Le leader du Partij voor de vrijheid ( » parti de la liberté « ) n’est sans doute pas un inconnu en Belgique francophone. Ne fût-ce qu’en raison de son film Fitna, qui présente l’islam comme une religion violente, ou parce qu’il propose d’interdire le Coran et de lever un impôt sur le port du voile.

Wilders est poursuivi pour outrages et incitation à la haine et à la discrimination sur la base de convictions religieuses et d’appartenance ethnique. Quant à l’opportunité de pareil procès, les avis sont partagés. Outre-Moerdijk, on me demande immanquablement comment nous avons réglé le problème du Vlaams Blok. A posteriori, le procès qui lui a été intenté a-t-il donné les résultats escomptés ? Je réponds alors que cela dépend du point de vue qu’on adopte.

Ceux qui ont cru à la déroute électorale du parti se sont trompés. En revanche, si l’objectif consistait à bannir de l’espace public un discours foncièrement raciste et bénéficiant d’une large audience, l’expérience a été concluante. Au début des années 1990, j’ai étudié tous les textes du Vlaams Blok pour préparer le premier procès (raté) qui le visait. Les graves offenses qui, à l’époque, étaient monnaie courante sont devenues rares.

De plus, un retour en arrière nous apprend à quel point nous avons changé, nous les spécialistes des droits humains. Voici peu encore, nous ne savions que faire de notre indignation face au monde politique qui négligeait de combattre le racisme. Le Vlaams Blok devait être réduit au silence, et, à cet effet, le droit faisait figure d’instrument idéal. De nos jours, je découvre surtout la thèse opposée en lisant les recommandations et les comptes rendus des recherches de mes collègues : il faut veiller à ce que la lutte contre le racisme n’opprime pas trop les libertés politiques. Même la Ligue des droits de l’homme, qui avait saisi la justice contre le Vlaams Blok, a contesté – avec succès – une disposition de la loi anti-discrimination pour cause de violation de la liberté d’expression.

Cela signifie-t-il que l’intelligentsia flamande s’est convertie au Vlaams Belang ? Au contraire. A mes yeux, le glissement apparu sur la balance de droits mis en concurrence illustre surtout un glissement dans notre perception de l’existence d’une menace. Le Vlaams Belang ne nous fait plus peur. Voilà une bonne nouvelle : au lieu de combattre des positions racistes, aujourd’hui, la voie est totalement libre pour nous attaquer aux actes racistes.

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EVA BREMS

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