Le transport fluvial, la voie d’avenir

Avec le développement de son réseau fluvial, l’un des plus denses d’Europe, l’aménagement de ses ports intérieurs et la construction de nouvelles plates-formes multimodales, la Wallonie sera bientôt reliée à l’Europe entière par la voie d’eau.

La Wallonie est l’une des régions les plus attractives d’Europe en matière d’investissements. C’est ce qui ressort de l’étude du groupe IBM et du baromètre Ernst & Young, corroborant les données de la Banque nationale. Pour le ministre wallon des Travaux publics, Benoît Lutgen (CDH), développer les voies navigables devrait inciter encore davantage d’entreprises à s’installer dans la région. Actuellement, près de 400 sociétés, comptant plus de 15 000 personnes, sont établies sur des terrains portuaires régionaux. Le développement des ports fluviaux et la création de nouvelles plates-formes multimodales, tel le Trilogiport en région liégeoise, devraient permettre la création de près de 2 000 emplois dès 2015.

Au fur et à mesure que les problèmes de circulation augmentent, des alternatives à la route s’avèrent indispensables. Moderniser le réseau fluvial est devenu une priorité, notamment en matière de sécurité et d’impact sur l’environnement. Cette modernisation devrait permettre de supprimer le passage de 500 000 camions de 30 tonnes par an sur l’autoroute E 42 dès 2020. Et ce n’est pas le seul avantage. La voie d’eau consomme trois à six fois moins d’énergie à la tonne transportée que la route. Un camion émet entre 80 et 100 grammes de CO2 par tonne au kilomètre. Un bateau n’en émet que 30 !

Composé de 450 kilomètres de voies navigables, le réseau fluvial wallon permet le transport annuel de plus de 40 millions de tonnes de marchandises. Plus de 80 % de rivières et canaux sont accessibles aux bateaux de 1 350 tonnes et plus, soit le gabarit standard européen. Le canal Albert permet la navigation de convois poussés de 9 000 tonnes jusqu’à Anvers. La Meuse et l’Escaut, ainsi que de nombreux canaux, assurent des liaisons aisées jusqu’aux grands ports maritimes. Le réseau constitue un maillon essentiel entre la France, l’Allemagne et les Pays-Bas, mais aussi vers les pays d’Europe centrale et orientale, via la liaison Rhin-Main-Danube.

Son développement repose sur deux axes stratégiques : l’intégration des voies navigables wallonnes dans le réseau fluvial européen par l’augmentation de leur capacité, et le développement des ports fluviaux. L’ensemble de ces projets représente des investissements estimés à 750 millions d’euros. Le ministère wallon des Travaux publics a assuré le financement de près de 450 millions d’euros pour les travaux prioritaires des cinq prochaines années. Ce financement est réparti comme suit : 200 millions d’euros à charge de la Wallonie, 130 millions d’investisseurs privés, 95 millions de l’Union européenne, 10 millions des ports autonomes et autant des Pays-Bas.

Le développement du réseau fluvial wallon remonte à plus de deux siècles. S’il a connu de nombreuses adaptations, actuellement, il est arrivé à un tournant de son histoire. En effet, sur les 450 kilomètres de voies navigables de Wallonie, 365 sont au moins au gabarit de 1 350 tonnes. Pour les intégrer au réseau européen, une transition vers un gabarit à 2 000 tonnes est primordiale. Pour le ministre Lutgen, l’objectif est d’atteindre plus de 330 kilomètres de voies navigables à ce gabarit en 2020 (contre 185 actuellement). Pour y arriver, deux projets phares seront mis en £uvre : la liaison Seine-Escaut et les aménagements des écluses liégeoises.

A Paris en quelques heures

Le projet de liaison Seine Nord-Europe, dont la mise en service est prévue en 2015, offrira de nouvelles perspectives à la Wallonie. Il vise à relier les voies navigables de France à celles du Benelux. De Paris, les bateaux pourront rejoindre Amsterdam ou Rotterdam par un canal au gabarit de 4 500 tonnes. Le futur maillage permettra également d’atteindre les ports d’Anvers, de Zeebrugge, de Dunkerque et du Havre. Pour l’itinéraire wallon, il s’agira essentiellement de mettre au gabarit de 2 000 tonnes l’Escaut et la dorsale wallonne entre le canal Pommer£ul-Condé et Namur. Partis de Wallonie, les bateaux pourront ainsi atteindre le bassin parisien et le port maritime du Havre en quelques heures seulement. Actuellement, l’enquête publique relative à l’étude environnementale de l’ensemble du projet est en cours. Avec la modernisation de la liaison Rhin-Main-Danube, la liaison Seine Nord-Europe représente le plus important projet actuel de navigation fluviale à l’échelle européenne. Son financement sera assuré par un partenariat public-privé et devrait bénéficier de subsides européens. Il est d’une importance capitale pour le développement de la Wallonie, bénéficiaire de l’intensification du trafic.

Quant aux écluses de Lanaye, d’Ivoz-Ramet et d’Ampsin-Neuville, les plus importantes pour le transit en Wallonie, elles sont arrivées à saturation. Pour leurs aménagements, le financement et l’exploitation ont été confiés à la Sofico. En octobre 2010, la Banque européenne d’investissement a validé la demande de la Wallonie et décidé d’accorder un prêt de 125 millions d’euros pour la mise à gabarit des écluses de Lanaye et d’Ivoz-Ramet. Le coût de cette dernière s’élève à 64,2 millions d’euros. Les travaux préparatoires ont débuté en mai. Pour l’écluse de Lanaye, le coût s’élève à 120 millions d’euros. Les travaux commenceront au second semestre 2011.

Sur la scène fluviale, les ports intérieurs jouent un rôle croissant en matière de logistique. Avec des ports maritimes toujours plus congestionnés, ils servent régulièrement de base arrière pour le transport et le traitement de marchandises venues de la mer. C’est ici que l’intermodalité intervient. L’équipement des zones portuaires a été renforcé pour augmenter le recours à la voie d’eau. A ce jour, un budget de plus de 200 millions d’euros est réservé au développement de l’intermodalité avec la voie d’eau en Wallonie. Si 38,5 millions d’euros sont pris en charge par la Région wallonne, 8,1 millions le sont par les ports autonomes, 35 millions par des fonds européens et 127 millions par le secteur privé.

Dès 2020, 280 000 conteneurs transiteront annuellement par le Trilogiport, le projet multimodal du port autonome de Liège, à Oupeye. Le début des travaux est prévu pour 2012. Le Port autonome de Namur développe la plate-forme d’Auvelais, un projet bimodal eau-route, en synergie avec le rail de Charleroi. Les travaux ont débuté en juin 2010. Le Port autonome du Centre et de l’Ouest compte deux projets principaux. Garocentre, à La Louvière, projet trimodal eau-rail-route, vise le transit de 25 000 conteneurs et 600 000 tonnes de produits sidérurgiques chaque année. Les travaux ont commencé en avril 2010. Vaulx, projet bimodal eau-route, prévoit également le transit de 15 000 conteneurs et 300 000 tonnes de matériaux de construction. Le permis sera déposé au second semestre 2011.

Aujourd’hui, plus de 80 % des marchandises de consommation arrivent en Europe par conteneurs. La voie d’eau permet aux marchandises de pénétrer sans nuisances au c£ur des villes. Ses atouts économiques et environnementaux en font une voie à suivre.

JACQUELINE REMITS

La liaison Seine Nord-Europe, dont la mise en service est prévue en 2015, offrira de nouvelles perspectives à la Wallonie

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