Le tax shelter monte les marches

De plus en plus d’entreprises investissent dans cette formule de soutien au cinéma belge, très avantageuse fiscalement.

Des talents, mais pas assez d’argent. C’est ce constat qui a incité le gouvernement belge à se pencher sur le sort de son cinéma, voici quelques années. De cette réflexion est née la législation instaurant le tax shelter, un régime fiscal favorable pour les sociétés qui souhaitent investir dans la production d’£uvres cinématographiques. Après une première loi, votée en 2003, la formule a véritablement pris son essor en 2004, après l’entrée en vigueur d’un nouveau texte garantissant le caractère définitif de l’avantage fiscal.

Le tax shelter sera, cette année, en vedette américaine au Festival de Cannes : il pourra compter sur une promotion spécifique au tout nouveau Pavillon belge. Par ailleurs, 7 des 10 films belges présentés au Festival ont bénéficié – pour partie – de cette source de financement.

Pour le moment, trois opérateurs principaux se partagent le marché du tax shelter en Belgique : la société indépendante Scope Invest, qui a été la première à développer une offre dès 2003 – en tant qu’intermédiaire entre investisseurs et sociétés de production – et les banques ING (via ING Tax Shelter Invest) et Fortis (à travers Fortis Film Fund), qui ont lancé leurs propres formules de tax shelter en 2007.

Quant aux entreprises qui ont investi à ce jour dans le tax shelter, elles sont plusieurs centaines : à côté de quelques grands noms (Electrabel, Belgacom, Rossel, Neuhaus…), on retrouve pas mal de PME, attirées par l’avantage fiscal escompté ou par l’effet d’image.  » Dans une société, plus le pouvoir décisionnaire est concentré, plus la décision d’investir dans un film se prend facilement « , souligne Geneviève Lemal, de Scope Invest. Les PME sont donc des candidates naturelles à une telle aventure, d’autant que les montants investis – de 100 000 à 150 000 euros, en moyenne, avec un maximum fixé par la loi à 500 000 euros – restent raisonnables.

Pour bénéficier de l’immunisation fiscale, les investissements doivent évidemment soutenir des films qui ont un lien très fort avec la Belgique – une partie des dépenses dans la production doit être réalisée localement.

Scope Invest, leader du secteur, a déjà en portefeuille près d’une trentaine de films, dont Johnny Mad Dog – sélectionné, cette année, à Cannes dans la section  » Un certain regard  » , L’Enfant (Palme d’or 2005), Joyeux Noël, Va, vis et deviens,Cowboy, Indigènes, Les Randonneurs à Saint-Tropez, Odette Toulemonde… Sans oublier les très attendus Mr Nobody (de Jaco Van Dormael) et Cineman (de Yann Moix, avec Franck Dubosc). Preuve du développement fulgurant du tax shelter, les fonds levés par Scope Invest sont passés de 13 millions d’euros en 2006 à quelque 25 millions d’euros en 2007. Dimanche, Didier Reynders, ministre des Finances, dévoilera à Cannes les chiffres globaux du tax shelter en 2007, qui devraient avoisiner les 100 millions d’euros d’investissements.

Un rendement moyen sur investissement de 20 à 25 %

Malgré un grand écart apparent entre culture et finance, la formule séduit en effet des investisseurs de plus en plus nombreux :  » Notre position est claire : il s’agit donc d’un investissement, pas de mécénat. Pour que le système continue à se développer, il faut qu’il soit très rentable pour les entreprises, qui espèrent évidemment un rendement supérieur à celui que nous leur garantissons ( voir encadré). Et, dans la pratique, elles l’obtiennent en général puisque le rendement moyen sur investissement, grâce au succès commercial du film, est de 20 à 25 %, selon les projets « , assure Geneviève Lemal. Des rendements de 85 % et de 51 % ont même été obtenus par Scope sur les films Indigènes et L’Enfant.

Pour obtenir une telle rentabilité, il faut évidemment jouer très serré avec le producteur du film.  » Rien n’est standardisé en la matière. Pour chaque film, il faut négocier avec le producteur le pourcentage sur les recettes, le moment où l’on pourra toucher ses bénéfices, les droits sur les exploitations futures…  » Le jeu est donc subtil et les montages financiers sont souvent délicats…

Dernière précision : chez Scope Invest, les entreprises peuvent choisir le film dans lequel elles souhaitent investir.  » Cela donne une dimension affective au projet : il y a l’originalité du film, le nom du metteur en scène, le scénario, les acteurs… Elles n’investissent pas comme elles le feraient dans une sicav.  » En revanche, du côté des banques, la formule est différente, plus proche d’un fonds d’investissement : ainsi, via Fortis Film Fund, par exemple, les entreprises sont invitées à investir dans des  » slates  » (paniers de films) auxquels elles peuvent souscrire.

Nicolas Ghislain

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