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Le tatouage

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Il en a quatre. Esteban, 19 ans, étudiant à Solvay en ingénieur de gestion, entame la liste de ses tatouages. Il y a le tout premier, à la naissance du cou, sa date de naissance en grec ancien. Puis sur le biceps, le mot « Love », fait en soirée, une « bêtise ». Mais aussi le sablier sur l’aine et l’oiseau, sur l’autre. En attendant les suivants. « En moins d’un an, j’en ai fait quatre », raconte-t-il. Le jeune homme n’a rien d’une exception. Et, ce printemps chaud et ensoleillé l’a encore révélé, le monde est un éventail de tatouages. Depuis une décennie, la demande est exponentielle, particulièrement parmi les plus jeunes. Depuis, en effet, une étape a été largement franchie: le tatouage « s’est complètement banalisé, il ne recèle rien de subversif. On constate une forme d’intégration sociale », analyse David Le Breton, sociologue à l’université de Strasbourg et auteur de plusieurs enquêtes très fouillées. A tel point que, d’après les experts, il n’est même plus aujourd’hui une mode acceptable et cool, mais un phénomène de société, ancré dans le mainstream. Selon une enquête réalisée en 2017 par le SPF Santé publique, quelque 500 000 Belges se feraient tatouer chaque année. On s’approcherait du double, aujourd’hui. Dans cet essor, les réseaux sociaux, et Instagram surtout, lancé en 2010, ont joué un rôle essentiel. Ils ont permis à une nouvelle génération de tatoueurs, qui a réinventé le genre, d’exposer leur créativité. Aux tatoués et futurs tatoués, de plonger dans un univers infini de styles. L’influence de la pop culture a aussi été déterminante. Les jeunes ont grandi avec des stars très tatouées, Justin Bieber ou Rihanna, Ronaldo ou Neymar. Le tatouage devient un signe d’identité, analyse le sociologue. « Nous évoluons dans une société du look dans laquelle il faut tirer son épingle du jeu pour se distinguer. » Il convient alors de se rendre visible. Par conséquent, les zones tatouées sont de plus en plus voyantes et les motifs, plus imposants. Les surfaces les plus demandées sont le bras entier, la jambe et le dos. De plus en plus de jeunes exigeraient des motifs sur le cou, les mains, les poignets pour sortir du lot. Une motivation revient souvent: mon corps, c’est à moi. Logique: la peau, de plus en plus exposée, serait la dernière aire de liberté, un véritable terrain d’expression. Des « cicatrices choisies » permettant de faire la paix avec son corps, son histoire. C’est une autre dimension du tatouage. Et une fois engagé sur ce chemin, difficile, paraît-il, de ne pas devenir accro.

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