Le soupirant de Mme Louis XVI

Patrick Poivre d’Arvor imagine un coup

de foudre entre Marie-Antoinette et le jeune

La Fayette. Une passion tourmentée

J’ai aimé une reine, par Patrick Poivre d’Arvor. Fayard, 374 p.

Marie-Antoinette, me voici !  » : quelque peu anachronique, cet envoi illustrerait cependant assez bien le projet romanesque de Patrick Poivre d’Arvor, qui imagine un coup de foudre entre Gilbert Motier de La Fayette, 16 ans, et la Dauphine, 18 ans. La scène se passe au Hameau de Versailles, le jour de l’admission du jeune Auvergnat à la cour, le 26 mars 1774 û une liberté prise avec l’Histoire puisque, ainsi que l’indique une notice introductive, les bâtiments qui permettaient à Marie-Antoinette de jouer à la fermière n’existaient pas encore.

La Fayette a-t-il aimé sa petite  » Marion « , nom de code destiné à masquer leur tendre lien ? La mutine Autrichienne en a-t-elle pincé pour son renardeau à la coiffe mordorée ? Qu’importe ! Le c£ur a ses raisons que le romancier embrasse pour nouer les fils d’une intrigue amoureuse emportée par le flot de l’Histoire. Alors, en route pour l’aventure !

Et d’abord, l’Amérique, où Gilbert va chercher la gloire pour les beaux yeux de sa dulcinée. En France, ensuite, où, quoique marié et père de famille, il s’affiche au bras de quelques beautés dans l’espoir de susciter la jalousie de sa Marion. En vain. Paris est à ses pieds, pas elle. Un jour, ce flirt au long cours va se muer en haine pure. La reine ne supporte pas les idéaux démocrates que La Fayette a rapportés d’Amérique. Elle le chasse. La Révolution va se charger de les réunir à nouveau, dans les conditions tragiques que l’on sait. Par trois fois, Gilbert tente de sauver la reine. Par trois fois, elle l’éconduit avec une brutalité rare. Elle préférera même s’acoquiner avec Mirabeau plutôt que de jouer la carte La Fayette. L’eût-elle fait que le cours de l’Histoire en aurait peut-être été modifié.

A l’heure où une certaine presse anglo-saxonne s’indigne que les Frenchies aient oublié leurs efforts pour sauver la démocratie dans la vieille Europe, il n’est pas inutile de redécouvrir, sous la plume enthousiaste de Poivre d’Arvor, le rôle décisif de la France dans l’installation de la démocratie américaine. Quand, à Yorktown, les Anglais capitulèrent, la fanfare jouait The World is upside down (Le monde est sens dessus dessous). Don’t forget, guys ! l

Thierry Gandillot

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