Le  » Slow Food  » en campagne

Avec des assiettes bien conçues, on peut changer le monde. Et sans renoncer aux plaisirs de la bonne table ! Rencontre avec un mouvement d’éco-gastronomes.

Quoi de plus normal que de faire ses courses et manger ? Et pourtant, des actes aussi banals influent directement sur l’environnement et les conditions de travail (ou de survie) de millions de paysans. L’agneau importé, à grands frais, de Nouvelle – Zélande exige une quantité phénoménale d’énergie avant qu’il n’atterrisse dans nos assiettes. Le soja de nos margarines sans cholestérol et des aliments fournis à nos vaches profite aux riches propriétaires terriens du Brésil, qui défrichent l’Amazonie sans vergogne.

 » A ce compte-là, on ne s’alimente plus « , diront les sceptiques. Faux ! Créé en 1989, pour réagir au succès des chaînes de fast-food, le mouvement Slow Food, qui revendique 80 000 membres dans 130 pays, propose – et pratique – un autre modèle alimentaire. Ces éco-gastronomes défendent une alimentation  » bonne, propre et juste « .

Une dizaine de groupements s’activent en Belgique, notamment à Liège, à Bruxelles et à Silly. Ils privilégient les produits locaux, créent des potagers dans les écoles, organisent des séances de dégustation et des ateliers sensoriels. Les  » sentinelles  » Slow Food s’intéressent aux espèces et aux produits menacés : vache Burlina en Italie, riz Bario en Malaisie, fromage Oscypek en Pologne… Chaque initiative démontre la même volonté de nourrir le monde sans détruire la Terre.

Cela est-il utopique ? Si certains vont jusqu’à démonter des McDonald’s ou piétinent des champs d’OGM, Slow Food, reconnu par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a le mérite de proposer des solutions de rechange concrètes à l’homogénéisation et à la mondialisation de l’alimentation. De quoi donner à réfléchir, à l’heure où les affamés s’insurgent et où les controverses sur les agrocarburants se font de plus en plus véhémentes (lire Le Vif/L’Express du 18 avril). Rencontre avec Carlo Petrini, fondateur du mouvement, qui vient de créer un nouveau  » convivium  » Slow Food au Parlement européen, à Bruxelles, pour faire face aux lobbys agroalimentaires.

Le Vif/L’Express : Le Slow Food, c’est avant tout une question de plaisir ou un sentiment de responsabilité envers la planète ?

Carlo Petrini : Les deux, d’une façon indissociable ! Un gastronome qui ne s’ouvre pas à l’environnement et à la biodiversité est stupide, car il méconnaît le sort peu enviable de millions de pêcheurs et de nomades malmenés par des politiques irresponsables. Mais un environnementaliste qui n’est pas gastronome est un triste personnage.

Le Slow Food veut combattre l’homogénéisation croissante de la nourriture, la pénurie alimentaire, les excès des normes sanitaires internationales, les OGM, etc. Un programme trop ambitieux ?

Slow Food est, en apparence, un petit mouvement. Mais, en rassemblant des milliers de coopératives et de communautés villageoises, nous touchons des millions de personnes. Nous formons ce qu’Edgard Morin appelle une  » communauté de destins « .

L’ancien Premier ministre Guy Verhofstadt a autrefois qualifié votre mouvement de  » club mondain avec un prestigieux catalogue « . Vous êtes élitistes ?

Revendiquer une juste rétribution des agriculteurs, est-ce élitiste ? Contribuer à une alimentation saine, moins riche en viande (nous ne sommes pas végétariens à tout prix), est-ce élitiste ? Nous travaillons sans cesse aux côtés des paysans, pour la santé – et le plaisir – de tous. Dans les années 1970, 32 % du budget des ménages, en Italie et en Belgique, était consacré à la nourriture. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 14 %. Soit, à peu près, le budget réservé aux GSM, aux PC et autres iPod ! Voilà qui est intenable. Sauf à considérer que les agriculteurs ne méritent pas d’être payés pour leur travail ou que nous sommes tous prêts à manger n’importe quoi…

Infos : www.slowfood.be

Ph.L.

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