Le séparatisme piétine

Dave Sinardet

« Il est vraisemblable que vous-mêmes, chers lecteurs, serez choqués « , avertissait Dorothée Klein dans son dernier éditorial, portant le titre  » Le séparatisme progresse « . Elle faisait allusion aux points de vue que défendront les chroniqueurs flamands de la nouvelle rubrique Vu de Flandre.

J’ai donc bien compris ce qu’on attendait de moi. Je vais vous révéler des choses sur la Flandre que vous ne lisez pas ou peu dans la presse francophone..

Cette année, l’IJzerbedevaart et le Gordel ont attiré moins de monde que jamais. Une étude de la KUL montre que, aux élections fédérales de 2007, 13 % seulement des électeurs flamands ont été guidés dans leur vote par le communautaire, et que le nombre de séparatistes en Flandre s’élève à 9 % (chiffre deux fois moins élevé que chez les francophones, selon un sondage récent du Vif/L’Express). A la rentrée, Bart Somers, président des libéraux flamands, déclarait :  » J’espère qu’on a écouté les gens cet été : ils m’ont parlé des médailles belges aux Jeux de Pékin, de la grève des bagagistes à Brussels Airport et du prix du pétrole, pas du communautaire.  » Dans un document récent, le SP.A rejetait toute régionalisation de l’impôt des sociétés, des allocations familiales, des soins de santé et des indemnités de chômage. Mieke Vogels, présidente de Groen !, attaquait, quant à elle, toute forme de nationalisme et soulignait l’importance de la solidarité fédérale. Le CD&V a déclaré maintes fois ne pas vouloir remettre en cause la solidarité interpersonnelle. De Morgen critique quasi tous les jours le cartel CD&V/N-VA et ses positions communautaires, en faisant des émules chez ses confrères.

Mais j’anticipe déjà vos réactions, chers lecteurs. Je brosse un portrait partial et partiel, voire simpliste de la Flandre ? Je vous donne raison ! Mais une grande partie des médias francophones font-ils tellement mieux ?

La politique, c’est l’art de présenter sa propre définition de la réalité comme l’ordre naturel des choses, comme la seule et unique vérité. En se focalisant sur la Flandre des De Wever, Dedecker et Dewinter, ne contribue-t-on pas à amplifier les forces que l’on dit vouloir combattre ?

Dave Sinardet travaille notamment sur des thèmes comme le fédéralisme et le nationalisme. Son doctorat portait sur le rôle des médias dans le modèle fédéral belge.

Politologue à l’université d’Anvers et chroniqueur au journal De Standaard.

Dave Sinardet

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