Le secret, la loi et l’intime conviction

Peut-on considérer comme digne de respect l’homme qui divulgue un secret ?

Pierre Fumière, par e-mail

A pareille question on ne peut répondre de manière générale ou, si l’on préfère, dans l’abstrait. Pour autant, peut-on se laisser guider par le sentiment ou une attitude moutonnière ? Si l’on expose le cas concrètement, on ne sera guère plus avancé. En effet, la question telle qu’elle est posée ( » peut-on considérer… « ) fait de chacun un arbitre. Ainsi énoncée, la question est indécidable sauf à penser que les individus d’une collectivité sont interchangeables, puisque le jugement du premier venu vaut pour tous. Quant à imaginer que le sentiment d’une majorité fait la décision, cela confère à celle-ci un pouvoir exorbitant et dangereux. Elle nie la légitimité d’un choix minoritaire, voire strictement personnel. Comment nier que l’idée du bien et du juste soit aussi du ressort de la conscience individuelle ? Et le respect ou le degré de respect qu’on accorde aux actes posés par autrui sont aussi divers qu’il y a de gens au courant de ceux-ci ?

La réponse se situe sur deux plans séparés, mais indissociables : celui de la légalité qui exprime à un moment donné l’état des m£urs et des besoins de la société et celui de la conscience individuelle. Par exemple, légalement, le secret médical protège la relation du médecin et de son patient. Et chacun est tenu de signaler aux autorités un crime dont il aurait connaissance. L’ordre social et la sécurité des citoyens sont à ce prix. La loi reste donc un élément important du jugement sur la dignité d’un comportement.

Il n’en reste pas moins que l’autorité d’une société démocratique se fonde sur l’assentiment de ses membres. Ici, la réponse réside, à la fois, dans la conviction qui doit construire le jugement de chacun à propos du comportement d’autrui… accompagné d’une connaissance suffisante de ce qui a conduit tel ou tel à agir dans un sens donné, en l’occurrence la divulgation d’un secret. Le premier point est essentiel. Je suis le juge qui dispose, d’une part, d’une connaissance suffisante de la loi et, d’autre part, de convictions qui portent sur mon accord ou le degré de désaccord avec la loi (et ses pratiques). Autrement dit, je me mets à la place de l’autre… mais en lui prêtant mes convictions. Pour ce faire, j’ai besoin, autant que faire se peut, d’appréhender les siennes pour mesurer combien elles s’accordent aux miennes. Toute autre façon de procéder est question d’humeur ou d’empathie.

Juger de la valeur – dignité ou indignité – du comportement d’autrui est une manière de philosopher sur soi, autrui et la société… telle que nous la désirons.

Jean Nousse

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