Le saint suaire, Raël et les  » rabat-foi « 

Auteur de best-sellers, le prolifique Didier van Cauwelaert augmente encore le nombre de ses adeptes avec son dernier ouvrage Cloner le Christ ?, une enquête scientifico-religieuse sur les  » reliques de la Passion « . Portrait et analyse d’un miracle… d’édition

Didier van Cauwelaert a de drôles de fréquentations. Malgré sa réputation de fils de bonne famille ( lire le portrait), ce romancier prolifique, converti au journalisme d’investigation pour les besoins de son dernier opus Cloner le Christ ?(Albin Michel), n’hésite pas à donner la parole à des gens peu recommandables. Dont une grande prêtresse de secte, blonde plantureuse, ou un spécialiste de l’ADN, proche de l’extrême droite. Celui qui s’était essayé à la veine mystico-scientifique dans L’Apparition (2001), s’inspirant de la légende de la Vierge de Guadalupe, avait déjà conté, dans L’Evangile de Jimmy (2004), le destin d’un fabricant de piscines, apprenant de la Maison-Blanche qu’il est un clone du Christ.

Mais cette fois, pour son premier essai, Van Cauwelaert a voulu faire parler les  » reliques de la Passion « , afin de répondre à une question : le linceul de Turin, drap funéraire portant l’empreinte d’un supplicié, le suaire d’Oviedo, grand mouchoir ayant recouvert le visage d’un défunt, et la tunique d’Argenteuil, vêtement sans couture à la mode juive, sont-ils imprégnés du même sang, celui du Christ ?

Vous croyiez la cause entendue ? Erreur. Foi de monseigneur, de scientifiques et de Van Cauwelaert. Au terme de son enquête, le romancier en est arrivé à une constatation : au cours des dernières décennies, l’Eglise n’a jamais montré un zèle particulier à défendre l’authenticité de ses reliques. Au contraire, elle s’est empressée à conclure aux faux, parfois même avant les experts. Pourquoi ? Elle aurait eu peur que l’un ou l’autre illuminé, comme ces derniers l’annoncent sur le Net, s’empare de ces traces de sang pour… cloner le Christ.

Béni-oui-oui, hérétique ou fumiste, Van Cauwelaert ? Il refuse de trancher entre  » l’impossible et l’inconcevable « . Il revendique la seule hypothèse rationnelle qu’il considère comme possible : les linges de la Passion seraient l’£uvre de faussaires en série,  » réactualisant les reliques à chaque nouveau progrès de la science « . Abracadabrant ?

Pour un premier essai, c’est en tout cas un coup de maître : le livre, qui a aussi fait l’objet d’un film document, Vont-ils cloner le Christ ?, diffusé notamment sur RTL/TVI, a été vendu à 100 000 exemplaires en trois semaines et en est à sa 8e réimpression. Entretien avec un auteur comblé.

Comment expliquer le succès de cet ouvrage ?

E L’accueil a été très bon, en dépit des appréhensions de mon éditeur. J’ai touché un public qui ne me lit jamais, des vrais gens de la vraie vie, qui n’ont pas envie d’être roulés dans la farine par une fiction. Mais mon public, celui de L’Evangile de Jimmy, notamment, m’a aussi suivi. Même si je suis passé à un autre genre, il n’a pas été dépaysé. Il a retrouvé mon regard, mon ironie… Quand on s’attaque aux reliques, il faut garder une distance, sinon on devient fou. Cela explique les crispations de quelques intégristes des deux bords : des religieux et des scientifiques estiment qu’on ne peut pas rire de ces choses-là.

Vous n’aimez pas la comparaison avec le Da Vinci Code…

E Cela dépend : je ne demande pas mieux que de vendre autant d’exemplaires que Dan Brown ! Plus sérieusement, le Da Vinci Code, c’est de l’ésotérisme fumeux. Ici, on est dans la vraie science qui cherche à élucider des phénomènes inexpliqués.

Vous offrez une tribune à des personnes aussi controversées que Brigitte Boisselier, de la secte Raël, ou que le spécialiste de l’ADN Gérard Lucotte, proche de l’extrême droite française. N’est-ce pas gênant ?

E Les reliques, ce n’est pas très bien fréquenté. Mais, sur le sujet, la généticienne Brigitte Boisselier, qui se vante d’avoir une trentaine de clones à son actif, est incontournable. En outre, en disséquant son discours, je ne pense pas avoir servi sa cause. Quant à Lucotte, il est attaqué pour ses positions idéologiques, pas pour ses découvertes. C’est un personnage un peu fou, éminemment littéraire. Tout comme le Pr André Marion, agnostique qui cherche une explication rationnelle, en mettant au point un modèle informatique, mais aussi en demandant à son fils de porter une djellaba et une croix semblables à celles du Christ, en pleine banlieue parisienne ! Cette scène m’a définitivement convaincu d’écrire ce livre. Elle l’ouvre d’ailleurs. Car là, la réalité est plus forte que la fiction.

Mais êtes-vous objectif : vous vous dites  » libre croyant « …

E Je crois au pouvoir de la pensée sur la matière et le corps, par expérience. J’ai beaucoup travaillé sur les guérisons de Lourdes. J’y crois plus que l’Eglise. Ceux qui ricanent sont mal informés. Sur 2 000 cas inexpliqués par les médecins, l’Eglise n’a reconnu qu’une soixantaine de miracles. Maintenant est-ce le résultat d’une action de Dieu, de la ferveur des chrétiens ou d’une pensée positive collective ?

Les guérisons de Lourdes fourniront la matière de votre prochaine enquête…

E Ma prochaine pièce de théâtre mettra en scène un cancéreux agnostique guéri à Lourdes. Cela me passionne d’étudier comment des rationalistes vont réagir face à des choses inexpliquées : vont-ils se convertir ? J’ai une tendresse particulière pour le Pr Yves Delage, encore plus agnostique que Marion, qui, au début du xxe siècle, a été mis au ban des scientifiques pour avoir déclaré, au terme de ses recherches, qu’il y avait une chance sur dix milliards pour que le linceul de Turin ne soit pas celui de Jésus.

Comment expliquer l’engouement pour votre livre à une époque où les églises se vident ?

E Elles se vident parce que Jésus n’y est plus. Beaucoup de prêtres ne croient plus aux miracles ni à la résurrection. Ce seraient de simples allégories, des bases de réflexion… Depuis le siècle des Lumières et surtout depuis la Révolution russe, l’Eglise a cru qu’elle devait adapter son discours : le merveilleux n’a plus eu droit de cité. Pourtant, si on lit les Evangiles, Jésus a passé son temps à exorciser les malades, à les libérer des carcans des lois juives, de leurs peurs, de leurs prisons matérielles… La résurrection est l’aboutissement de tout cela. Mais le libre croyant que je suis n’a pas de comptes à régler avec l’Eglise. Je n’ai pas été brimé, ni agressé, ni éc£uré dans un pensionnat religieux. Eduqué par l’école de la République, j’ai apprécié le catéchisme, seul endroit mixte à l’époque ! Cela n’empêche pas la lucidité. Au temps des croisades et de l’Inquisition, l’Eglise catholique a fait ce qu’on reproche aujourd’hui à l’islam.

Entretien : Dorothée Klein

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