Le sacre des bulles

Le palmarès d’Angoulême a consacré au moins deux grands auteurs: Ware et Taniguchi. Mérité!

Tradition respectée pour le 30e Festival d’Angoulême, dont le palmarès, toujours très franchouillard, hésite entre le convenu et l’audace. Attribuer, par exemple, le Grand Prix à Régis Loisel, pour l’ensemble de son oeuvre, paraît un brin surfait. Non que Loisel ne mérite pas d’être salué: on lui doit une merveilleuse série, La Quête de l’oiseau du temps, quatre albums d’heroic fantasy au dessin craquant, qui n’ont pas pris une ride malgré leurs 30 ans. Mais ensuite, et malgré diverses contributions aux magazines BD, il faudra attendre 1990 pour que Loisel revienne à l’avant-plan avec une adaptation très libre de Peter Pan ( Crochet, le cinquième tome, est paru l’an dernier). Bon, soit.

En revanche, l’Américain Chris Ware n’a pas volé l’Alph’Art du meilleur album et le prix de la critique pour son Jimmy Corrigan, une oeuvre monumentale par le ton, la forme et le contenu. Certains lui confèrent autant d’importance, pour l’histoire de la bande dessinée, que le Maus d’Art Spiegelman. C’est d’ailleurs ce dernier qui a révélé Ware au public américain. Mais c’est à l’éditeur Delcourt que l’on doit sa courageuse et très belle adaptation en français. Pari gagné!

Juste prix aussi pour Jiro Taniguchi, dont le Quartier lointain (Casterman) hérite de l’Alph’art du meilleur scénario. A découvrir absolument par ceux qui ont décidé d’abandonner leurs préjugés à l’égard des mangas. Les autres étaient déjà accros.

Joann Sfar reçoit, quant à lui, un curieux prix des Fondateurs, alors que son inoubliable Chat du rabbin méritait largement un Alph’Art à part entière. Mais Sfar a encore de longues années devant lui! Le public, lui, a décerné sans surprise ses lauriers à Zep, dont Titeuf (La loi du préau, Dupuis) fait hurler de rire autant les enfants que leurs géniteurs.

Deux autres Alph’Art à pointer: celui du meilleur dessin à Supiot et Omond pour Le dérisoire (Glénat) et, surtout, l’Alph’Art d’honneur au Belge Raymond Leblanc, fondateur du Lombard et figure marquante du Tintin de la grande époque.

Stéphane Renard

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