Le roi du portail passe au payant

Arrivé tardivement sur le marché belge, MSN, le portail Internet de Microsoft, a très rapidement dépassé ses concurrents pour devenir le site le plus visité du pays

Informations : www.msn.be

Ce n’est un secret pour personne : Microsoft a bien failli rater son virage Internet. Dans l’ouvrage La Route du futur, publié début 1997, Bill Gates explique comment le géant de l’informatique a pris conscience tardivement de la place qu’allait prendre le Net dans nos sociétés. C’est donc au pas de charge que les employés de Microsoft ont dû intégrer la nouvelle constante Internet dans l’ensemble des programmes produits par la firme. Dans la foulée, les équi- pes de Redmond ont également été priées de développer un portail capable d’accueillir la communauté grandissante des utilisateurs Windows. Ce sera le MicroSoft Network, plus connu du grand public sous l’acronyme MSN. Disponible en 34 versions locales et en 18 langues, MSN a rapidement connu le succès, au point d’attirer mensuellement plus de 300 millions de visiteurs à travers le monde. Si les mauvaises langues assurent que cette réussite est surtout due au fait que MSN est configuré comme page d’accueil par défaut du navigateur Internet Explorer, d’autres répondent que la prouesse provient principalement d’une bonne politique de rachat. Un argument que l’on partage volontiers – même si la première considération n’est pas tout à fait fausse – quand on connaît le nombre d’internautes qui, sans le savoir, sont passés dans le giron de MSN au moment où celui-ci a fait main basse sur la messagerie Hotmail.  » Il est clair, reconnaît Marc Bresseel, patron de MSN pour la Belgique, que l’achat du service Hotmail a été l’un des tout grands coups de Microsoft. Aujourd’hui, la messagerie Hotmail, qui compte plus de 1,6 million de comptes actifs en Belgique, est l’activité la plus importante de notre portail. Portail est d’ailleurs un terme un peu trop galvaudé. Je définirais plutôt MSN comme un réseau de services capables d’aider les personnes à faire… ce qu’elles doivent faire sur le Net. A savoir : communiquer avec les autres et rechercher des informations.  » A la tête de MSN Belgique depuis son lancement il y a trois ans et demi, Marc Bresseel a donc naturellement mis l’accent sur ces services pour augmenter la visibilité du site.  » En ce qui concerne la communication, reprend Bresseel, hormis Hotmail, nous espérons beaucoup de Messenger, notre messagerie instantanée, qui compte actuellement plus de 1,3 million d’utilisateurs actifs sur la Belgique. Quant au contenu rédactionnel – la partie recherche d’informations de MSN -, il nous est fourni par une soixantaine de partenaires externes. En effet, le boulot de Microsoft n’est pas de produire du rédactionnel. On laisse cela aux éditeurs. Ainsi, pour l’actualité, nous collaborons avec La Libre Belgique et De Standaard. Ces journaux étant des partenaires  » historiques « , l’opération s’effectue gracieusement. Cependant, la grande majorité de nos partenaires nous rémunère pour placer leur contenu sur le site. Avec plus de 2,5 millions de visiteurs uniques par mois (chiffres CIM de janvier 2003), nous leur apportons une très large visibilité.  »

Avec 70 % des internautes belges transitant régulièrement par le site de MSN, Bresseel a donc réussi son premier pari : faire du site de Microsoft le plus grand portail de services en Belgique. Maintenant, il s’agit de rentabiliser cette renommée.  » Nous devons vendre notre média auprès des annonceurs, poursuit Bresseel. Si la chose était encore difficile il y a peu, l’attitude des régies publicitaires commence à changer avec le comportement des gens. Je ne suis pas un accro du Net mais, la radio, je l’écoute une demi-heure le matin dans ma voiture. Les ma- gazines, je les feuillette principalement le week-end. Quant à la télévision, je la regarde de moins en moins. Par contre, mon ordinateur est allumé toute la journée… Si un annonceur souhaite me vendre une voiture ou une assurance, par quel canal doit-il passer ? Même si 35 % seulement des Belges sont actuellement connectés, je suis convaincu qu’en utilisant le canal Internet dans leurs outils de communication, les annonceurs peuvent faire la différence. Grâce à Messenger, nous arrivons, par exemple, à toucher, en moins de deux jours, plus de 60 % des jeunes qui sont en ligne. Pour l’instant, nous essayons donc d’atteindre la rentabilité uniquement avec la vente du média Internet. Et cela semble bien amorcé. Pour le début de cette année fiscale (de juillet 2002 à juin 2003), nous avons déjà réussi à augmenter notre chiffre d’affaires de 75 %.  »

Mais la vente du support Internet n’est pas le plus important pour Microsoft. La troisième grande étape pour MSN sera la mise en place de services payants.  » En avril, explique Bresseel, nous commencerons la commercialisation du service  » extra-storage  » à destination des utilisateurs Hotmail. Au lieu des 2 Mo, les utilisateurs de la messagerie disposeront de 20 Mo pour stocker leurs courriers. Le compte ne sera plus désactivé après trente jours d’inactivité et sera muni d’un filtre anti-spam efficace. En Grande-Bretagne et en Espagne, ce service rencontre déjà un vif succès. Par la suite, un SMS préviendra l’utilisateur à l’arrivée d’un nouveau mail. Les parents pourront compter sur un contrôle parental renforcé pour protéger les enfants dans les groupes de discussion. Selon une étude récente, plus de 25 % des parents sont demandeurs de ce genre d’options. Voilà comment Microsoft envisage l’avenir du Web service.  »

Enfin, lorsque l’on demande à Marc Bresseel si les communications permanentes (ADSL et câble) ont une grande influence sur l’activité du site, le visage de celui-ci s’illumine d’un large sourire.  » C’est peut-être l’inverse qui se produit, non ? Cela peut sembler une boutade, mais je pense que l’utilisation intensive du chat et des messageries instantanées par les jeunes a obligé bon nombre de parents à choisir une communication permanente pour diminuer la facture téléphonique. C’est donc la multiplication des services qui a stimulé l’utilisation des connexions rapides et non l’inverse.  » Une vision des choses, sans doute, partagée par l’opérateur historique du pays. Sans l’apparition du piratage musical en ligne, il n’est, en effet, pas certain que l’engouement pour l’ADSL ait été si soudain. lVincent Genot

Une rubrique de Vincent Genot

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