Le risque et vous

Après la purge boursière de ces dernières années, beaucoup d’investisseurs hésitent à franchir le pas et à se (re)lancer dans la partie. Pour savoir si on est prêt à investir de nouveau, il est indispensable de bien connaître son profil d’investisseur : quels sont les risques que l’on souhaite (encore) prendre ou ne pas prendre ? La réponse n’est pas aussi aisée qu’on le pense.

Le couple risque/rendement

La relation entre le risque d’un investissement et son rendement est au centre de toute politique de placement, qu’il s’agisse d’actifs risqués (comme des actions) ou « sans » risques (compte d’épargne, obligations de qualité). En principe, on souscrit à un actif risqué car on espère obtenir, dans un avenir plus ou moins prévisible, un rendement supérieur à celui d’un actif « sans risque ». Ce rendement est l’addition de la plus-value réalisée sur un titre lors de sa revente et du rendement de son dividende. Le rendement moyen annuel des actions américaines a été d’environ 6% (inflation déduite) sur deux siècles.

Plus le rendement est aléatoire (actions de jeunes entreprises, secteurs difficiles, etc.), plus le risque associé sera élevé. Ce dernier est mesuré par la volatilité de l’actif, c’est-à-dire la fluctuation du cours autour de sa moyenne.

D’où vient le risque boursier?

Parmi de nombreux facteurs, citons-en trois qui font régulièrement la Une.

1.Le risque des affaires. Une entreprise connaît des hauts et des bas qui influencent directement son cours de Bourse, tant à court qu’à long terme. Dans la pire des situations, la faillite est au bout du chemin, laissant les actionnaires avec des titres sans valeur.

2.Le risque lié au marché. Quelle que soit la qualité des résultats de l’entreprise, ses actions ne sont jamais immunisées contre une baisse généralisée du marché. Pour mesurer la sensibilité de l’action aux variations du marché, on utilise le bêta calculé pour chaque action. Le bêta exprime le lien existant entre les rendements d’une action et ceux de son indice de référence. Un coefficient bêta plus grand que 1 indique une action très sensible aux mouvements du marché (amplification des mouvements), une valeur de 1 indique une action neutre, un Bêta inférieur à 1 indique une action moins sensible que son indice de référence. Ce « risque marché » peut s’expliquer par l’évolution des taux: une hausse des taux d’intérêt tend en effet à affecter négativement le cours d’une action car il renchérit le coût du financement de l’entreprise.

3. Le risque politique. Les changements de législation, la menace de guerre, des attentats contre les ressources pétrolières…: tous ces éléments, que ne contrôlent pas les entreprises, pèsent aussi sur les cours des secteurs concernés.

Ces risques bien connus ont été amplifiés, ces derniers années, par de nouveaux comportements liés à la pression croissante des actionnaires (rendus gourmands par l’excellente décennie 1990) et à la volonté de certaines directions de doper les cours artificiellement.

Quel risque assumer?

Avant chaque décision, l’investisseur doit toujours se positionner en termes de risque/rendementet bien évaluer le niveau de risque qu’il souhaite prendre en fonction de ses besoins. Mettons en lumière deux questions fondamentales:

1. Quel est le risque réel que je souhaite prendre? Suis-je prêt à perdre jusqu’à la totalité de mon investissement? La réponse dépendra de son niveau de richesse. Investir 5 000 euros dans une action n’a pas la même signification selon que l’on possède 10 000 ou 1 million d’euros! Rappel de base: n’investissez en Bourse que des capitaux dont vous n’avez pas besoin dans un avenir prévisible.

2. Suis-je honnêteavec moi-même? Une fois déterminé votre profil de risque, demandez-vous si vous vous êtes accordé une marge de liberté: trop souvent, les investisseurs sous-estiment leur aversion au risque. En déterminant son degré d’émotivité aux fluctuations boursières, l’investisseur doit aussi déterminer une « zone de confort ». S’il se précipite tous les matins sur les cours de Bourse de son quotidien et s’arrache les cheveux à chaque recul, il est probable que sa tolérance au risque soit limitée. Cette zone de confort est d’autant plus importante que l’investisseur tend à avoir une trop grande confiance dans sa capacité à réaliser de bons placements.

Comment réduire le risque?

Si l’existence du risque demeure une donnée incontournable qui peut faire réfléchir plus d’un à l’opportunité d’investir, il n’en reste pas moins que celui-ci peut être contrôlé. Mettons en lumière trois principes essentiels:

1. La diversification. Si votre portefeuille d’actions n’est constitué que d’un seul titre, la valeur de vos avoirs boursiers déclinera ou augmentera en parallèle avec la valeur de votre unique action! Il est donc recommandé, dans la mesure du possible, de diversifier suffisamment (entreprises de secteurs différents exposées à des marchés différents) pour bénéficier des mouvements de hausse tout en limitant son exposition aux baisses. Mais la globalisation économique et financière aidant, les titres des grandes Bourses mondiales évoluent de plus en plus en parallèle. C’est pourquoi, alors que, il y a une dizaine d’années, la diversification pouvait se faire à l’aide d’une quinzaine de titres, il en faut désormais une trentaine en portefeuille.

2. La répartition des actifs. Tout aussi incontournable est la répartition de vos avoirs entre plusieurs classes d’actifs: actions, obligations, compte à terme, valeurs immobilières… Ces actifs, grâce à des corrélations et à des niveaux de risque différents, vous permettent de réduire le risque global de vos placements. Cette technique n’est donc en fait que l’illustration du dicton populaire: on ne met pas tous ses oeufs dans le même panier. Si une telle stratégie est difficile à exécuter pour un investisseur individuel, les banques proposent une large gamme de sicav où la répartition des actifs est déjà opérée: sicav défensive (beaucoup d’obligations, peu d’actions), sicav neutre (répartition entre actions et obligations) et sicav agressive (beaucoup d’actions).

3. L’horizon de placement. Le plus important facteur à considérer dans l’estimation de votre risque est cet horizon : combien de temps souhaitez-vous voir vos capitaux immobilisés? Si vous pouvez vous en passer pendant un temps relativement long (dix ans au minimum), vous pouvez probablement accepter un risque supplémentaire et investir davantage en actions. Dans le cas contraire, il convient d’accorder moins de place aux actions et davantage aux placements à revenus fixes.

Ultime conseil: pour optimiser votre portefeuille en fonction de l’évolution de votre situation (professionnelle, familiale, âge…), réexaminez-le régulièrement. Et modifiez-le en conséquence, mais sans excès, car les modifications impliquent toujours des frais.

Conclusions

Déterminer soi-même son risque/rendement pour, ensuite, optimiser la gestion de son portefeuille reste, le plus souvent, une tâche complexe. Il est donc recommandé de confier ce travail à un intermédiaire financier. Cela dit, la vente d’un produit financier par un professionnel ne devrait intervenir – ce qui est loin d’être toujours le cas – qu’après que le client a été informé de la nature du produit (niveau de risque, durée optimale du placement…). Si ce n’est pas le cas, n’hésitez pas à le demander pour vous assurer que ce produit rencontre bien vos besoins et non (uniquement) ceux de votre banquier. Trop souvent, celui-ci vous vend le dernier produit à la mode. Un homme averti en vaut deux.

Pierre Samain (Budget Hebdo)

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