Le retour de l’antenne râteau ?

En Communauté française, 80 000 personnes captent la télévision par antenne. Cette alternative à la télédistribution donne accès à 4 chaînes. La ministre de l’Audiovisuel en espère plus. Grâce au numérique, il va y avoir place pour une trentaine de programmes.

Ce 1er mars marque un tournant dans l’histoire de la RTBF. En éteignant ses émetteurs analogiques, la chaîne publique entre définitivement dans l’ère de la télévision numérique terrestre (TNT). Avantage pour le téléspectateur ? Une meilleure qualité d’image et de son. Précision d’importance : ce changement ne concerne pas les abonnés au câble, à Belgacom TV ou au satellite. Il ne touche que les personnes qui captent la télévision par les ondes hertziennes, c’est-à-dire par le biais d’une antenne, qu’elle soit extérieure (genre râteau) ou intérieure (salon). Selon la RTBF, il y en a environ 80 000, principalement dans les provinces de Namur et de Luxembourg. Cette mue numérique est une exigence européenne. Tous les pays de l’Union devront avoir cessé la diffusion hertzienne analogique en 2015. La Belgique est le sixième Etat à s’y soumettre.

Des fréquences convoitées

En vigueur depuis les débuts de la télévision, la norme analogique utilise les ondes de manière brute. Inconvénient : celles-ci sont très sensibles aux parasites. Ces perturbations se traduisent souvent par de la  » neige  » ou des  » fantômes  » sur l’image. En numérique, les signaux sont émis sous forme de fichiers informatiques, ce qui les rend beaucoup plus résistants. Le phénomène de  » neige  » est d’ailleurs inexistant : si le niveau de réception est acceptable, l’image est parfaite. S’il est insuffisant, l’écran reste noir.

L’autre avantage du numérique, c’est qu’il permet de transmettre plusieurs chaînes sur une même fréquence. Là où un émetteur analogique ne diffuse qu’une station, un émetteur numérique en véhicule 4 ou 5. D’où des coûts de diffusion moins élevés et un gain de place sur les ondes.

Les fréquences libérées par les émetteurs analogiques de la RTBF ont vite aiguisé les appétits. Dès 2006, il avait été décidé d’en attribuer 6 à la future télévision numérique, mais une partie pourrait finalement tomber dans l’escarcelle d’opérateurs télécoms qui veulent les convertir en réseau GSM. C’est la raison pour laquelle la Communauté française mène des négociations avec la Flandre et les pays frontaliers pour en récupérer d’autres. La ministre de l’Audiovisuel, Fadila Laanan (PS), a bon espoir d’obtenir l’équivalent du quota initial.

Le premier de ces canaux numériques est en service depuis 2007. C’est celui de la RTBF qui y diffuse La Une, La Deux, La Trois et Euronews (avec un décrochage pour le JT de la télévision publique germanophone BRF). Ce  » multiplex « , qui comprend aussi 6 radios, couvre la grande majorité de la population francophone (95 %).  » Si vous nous captiez en analogique, vous devriez pouvoir le faire en numérique « , assure Franco Fantuzzi, directeur des émetteurs de la RTBF.

Grâce aux cinq fréquences restantes, il y aura techniquement place pour une vingtaine d’autres chaînes de télévision. La ministre de l’Audiovisuel aimerait y faire venir TV5 Monde.  » Un choix logique puisque la Communauté française y investit 5 millions d’euros par an « , précise son directeur de cabinet adjoint, Dominique Vosters. Mais le projet est contrarié par les droits d’auteur à acquitter pour une diffusion par les ondes : ils sont plus élevés que pour le câble ou Belgacom TV et la Communauté ne veut pas régler la note. L’hypothèse Arte a d’ailleurs buté sur le même écueil. L’obstacle n’est peut-être que provisoire et les négociations sont toujours en cours.

L’exemple néerlandais

Reste que le souhait ministériel va plus loin. A terme, il s’agirait de créer une offre beaucoup plus importante.  » En plus des quatre chaînes déjà présentes, nous pourrions imaginer un bouquet qui reprendrait les stations les plus populaires en Belgique « , poursuit Dominique Vosters. Et de citer entre autres RTL-TVI, TF1 et France 2. Le principe s’inspirerait des Pays-Bas où les chaînes publiques sont diffusées gratuitement (comme c’est déjà le cas en Belgique), tandis que les stations privées et étrangères sont cryptées et nécessitent un abonnement.

Envisageable chez nous où le câble de télédistribution couvre plus de 95 % de la population ? L’expérience des Pays-Bas semble le démontrer : malgré un taux de pénétration du câble encore supérieur au nôtre, la TNT payante y a séduit 850 000 clients. Ceux-ci ont accès à 23 chaînes moyennant un investissement de 50 euros pour le matériel et un abonnement mensuel de 8,50 euros. Soit moins que les offres belges les plus compétitives. Certes, la formule n’offre pas de services interactifs comme les programmes à la demande mais, selon plusieurs sociétés de télédistribution, les téléspectateurs qui y ont recours restent minoritaires.

Si la Belgique ne possède pas encore de véritable bouquet sur la TNT, les choses commencent à se préciser. Ainsi, le câblodistributeur flamand Telenet vient d’annoncer la prochaine diffusion d’une offre de télévisions et de radios. Aucun détail quant au contenu, si ce n’est qu’il sera destiné à la Flandre et à Bruxelles. L’opération sera menée avec Norkring, la société qui gère le parc d’émetteurs de la télévision publique flamande VRT.

De quoi générer une dynamique semblable en Communauté française ? Les autorités francophones espè-rent boucler l’aspect réglementaire du dossier avant la fin de cette année. L’étape suivante consistera vraisemblablement en un appel d’offres afin de sélectionner les futurs opérateurs de la TNT wallonne et bruxelloise. Les antennes, dont les derniers modèles sont d’une étonnante discrétion, pourraient alors commencer à fleurir sur nos toits.

LAURENT HOVINE

l’offre tnt pourrait comprendre une vingtaine de chaînes

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