Le rappel à l’ordre

Policiers et magistrats doivent s’adapter à une délinquance dont ils ont dû reconnaître l’importance : celle des jeunes agresseurs sexuels

(1) Un avant-projet de décret prévoit d’ouvrir aux 14 équipes SOS-Enfants la prise en charge de mineurs auteurs d’infractions à caractère sexuel, comme c’est déjà le cas à SOS-Enfants Saint-Pierre.

Ils reçoivent les jeunes affirmant avoir subi des agressions sexuelles. Ils rencontrent, aussi, les mineurs qui pourraient en être les auteurs. René Stormacq, commissaire de police et officier de coordination (division Etterbeek) et Caroline Piscaglia, inspecteur principal de la zone Montgomery et appartenant au service famille-jeunesse-m£urs, ont été spécialement formés aux techniques d’audition d’enfants mineurs. Victimes… ou auteurs.

Comme pour chacune des affaires qu’ils traitent, ils doivent faire le tri entre les allégations sans fondement… et les autres. Et tenter, à chaque fois, de soutenir la parole des jeunes.  » Les abus intrafamiliaux ont souvent du mal à être acceptés par les familles, racontent-ils. Souvent, les familles dénigrent la victime, l’accusant, par exemple, d’être jalouse de l’accusé…  » Les agressions extrafamiliales confrontent les policiers à d’autres difficultés : des familles de victimes, excessivement revendicatrices, exigent parfois que le mineur présumé  » abuseur  » soit immédiatement emprisonné.

 » Lorsque les mineurs suspectés d’agression sont arrêtés pour la première fois, ils sont souvent très mal dans leur peau, expliquent les policiers. Lorsqu’ils réalisent que nous ne sommes pas là pour les juger mais pour comprendre réellement ce qui est arrivé, les langues se délient… La dimension humaine de notre écoute est donc essentielle.  » Et cela vaut aussi pour ceux qui ont déjà un passé criminel et ont tendance à  » jouer les gros bras « .  » En fait, comme tout adolescent, ils cherchent des limites « , rappellent les policiers.

Pour traiter les plaintes pour agression sexuelle, les magistrats ont besoin d’importants moyens d’investigation. Viol collectif ou transgression individuelle, comment y voir plus clair et faut-il mobiliser tout l’appareil judicaire ? Depuis quelques années, la prise en charge des délinquants sexuels mineurs se développe et  » la loi de protection de la jeunesse s’applique à eux comme aux autres : ils sont parfois en danger et doivent être protégés, rappelle Chantal Pensis, premier substitut dirigeant la section famille du parquet de Bruxelles. Le rapport d’un expert, psychiatre ou psychologue, permet en général de mieux saisir l’ampleur des problèmes et d’orienter les décisions du parquet et des juges. Ensuite, en général, une prise en charge spécialisée s’impose « .

Envoi en thérapie individuelle, familiale ou de groupe (1), appel au SAJ (Service d’aide à la jeunesse), placement en famille d’accueil, en centre ouvert ou fermé : entre ces choix, les juges et le parquet naviguent encore un peu… à vue. Ils savent que l’enfermement ne règle probablement pas le problème de fond du jeune. Mais une sanction de type éducatif lui indique malgré tout à quel point son comportement est estimé dangereux.

 » Notre espoir est de parvenir à éviter qu’une déviance s’installe et se prolonge à l’âge adulte « , rappelle Chantal Pensis. Sans structures adéquates et moyens financiers suffisants, ce rêve risque pourtant de rester utopique. P.G.

Pascale Gruber

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