Le prix (sanglant) de la mode

Catherine Pleeck

L’effondrement mortel d’une usine de confection textile, en avril dernier au Bangladesh, a permis quelques avancées en termes de sécurité et de salaire équitable. Mais le chemin reste long…

Le bilan est lourd : plus de 1 100 personnes ont péri sous les décombres du complexe Rana Plaza, qui abritait plusieurs ateliers de confection textile et s’est effondré, le 24 avril dernier, au Bangladesh. Il aura fallu ce dramatique accident pour ne plus pouvoir fermer les yeux sur une situation déplorable, en matière de sécurité et de conditions de travail. Car cette catastrophe est loin d’être la première. Depuis 2005, et rien que dans ce pays, plus de 1 700 travailleurs de l’habillement sont morts dans des incendies ou suite à l’état lamentable des immeubles.

Deuxième exportateur de vêtements au monde après la Chine, le Bangladesh compte environ 4 500 usines, oeuvrant dans ce secteur et occupant entre 3,6 et 5 millions de personnes. Jusqu’il y a peu, la grande majorité de celles-ci ne gagnait qu’un salaire de base mensuel de 28 euros, soit l’un des plus bas du monde…

Montrées du doigt, les grandes marques du prêt-à-porter et de la distribution qui s’approvisionnent sur place n’ont plus pu se cacher derrière le facile argument du  » Nous ne sommes que les clients, pas les propriétaires de ces lieux « . Progressivement, plus de 115 enseignes ont ratifié un accord contraignant sur la sécurité dans les usines d’habillement au Bangladesh. Ce protocole comprend l’inspection indépendante des bâtiments et l’obligation de réaliser les travaux nécessaires, la formation des travailleurs sur leurs droits et une révision des normes de sécurité.

Par ailleurs, vu la pression internationale et la tenue prochaine d’élections législatives, le gouvernement bengali a accepté de relever le montant du salaire minimum de 78 %, à 50 euros par mois. Une somme qui reste néanmoins inférieure à ce qui est payé dans le reste du monde et qui est loin de correspondre à un salaire vital – évalué par l’Alliance Asia Floor Wage à près de 260 euros -, permettant de sortir de la pauvreté. Cette annonce n’a d’ailleurs pas calmé les travailleurs du textile, qui ont manifesté à plusieurs reprises leur mécontentement, ces dernières semaines.

A noter qu’à l’heure actuelle, seules quatre enseignes (Primark, Loblaw, Bonmarché et El Corte Ingles) ont accepté de signer un arrangement permettant d’indemniser les familles des ouvriers tués ou blessés dans l’effondrement du Rana Plaza…

CATHERINE PLEECK

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