Le principe de précaution

Quels sont le sens, le domaine d’application et les limites du principe de précaution?

Christiane April, Bruxelles

Le principe de précaution peut avoir deux sens bien différents. Soit il désigne une attitude de bon sens qui se refuse à jouer avec le feu. Ne pas conduire quand on a bu, ne pas partir de chez soi sans fermer la porte, etc. On parlera plus volontiers d’un principe d’autoprotection. Soit il exprime notre capacité de reconnaître que, dans notre savoir même, se dissimule un non-savoir accoucheur d’effets non désirés. Tel est le principe de précaution. Le premier n’importe qu’aux individus, le second concerne la société.

Le principe de précaution exprime une sagesse prudente et … son contraire. Il prétend avancer pas à pas quand on ne sait pas trop où l’on va. S’arrêter même, jusqu’à appréhender à quoi s’en tenir, pourquoi pas? Mais ici aussi, il faut agir avec précaution. Il n’est pas une action, une décision, une innovation qui ne puissent – au-delà des bienfaits attendus – nous infliger des souffrances nouvelles. Faut-il ne plus bouger? La réponse s’impose d’elle-même. Il faut subordonner le principe de précaution à la capacité de se gouverner. Ici, gouverner désigne non pas l’administration des affaires au quotidien, mais le souci du lendemain qui doit marier deux attitudes opposées : la crainte du passé et la crainte de l’avenir.

Bizarrement, à notre époque, on comprend mieux, on prétend mieux comprendre ce que signifie la crainte de l’avenir tout en ignorant que celle du passé est autrement présente. Nous sommes pétris de passé comme d’un futur antérieur. Nous fonctionnons au souvenir, fût-il dénaturé. Les malheurs de hier nous font craindre d’avancer. Une part de nous est obnubilée par les initiatives prometteuses qui ont mal tourné. Cette mise en garde n’est pas fausse, loin de là. Pour autant, elle doit cesser d’être notre unique repère. Il faut conserver un optimisme de l’avenir fait de confiance en soi. Nonobstant notre fatuité et notre avidité – ou au-delà – nous restons capables d’augmenter notre savoir et de gérer mieux la collectivité. Y renoncer serait sombrer dans une sorte d’attentisme effrayé. L’avenir n’est plus que notre sombre avenir.

Il ne s’agit pas tant de croire au progrès que de le bien gouverner. Bref, il ne s’agit pas de traiter par le mépris le principe de précaution, mais d’en faire un élément d’appréciation d’une politique de progrès, de progrès pour tous. En vérité, certains voudraient que l’idée de progrès soit réduite à la portion congrue … par précaution. N’est-ce pas vouloir le maintien de l’injustice par un excès de prudencehypocrite ?

Jean Nousse

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