Le premier des langages

Les visages humains, commentés par Boris Cyrulnik

Visages, par Tiziana & Gianni Baldizzone et Boris Cyrulnik. Phébus, 160 p.

Après l’accueil plus qu’enthousiaste fait à La Main qui parle (Phébus, 2002), c’est Le Visage qui réunit à nouveau le psychiatre Boris Cyrulnik, pionnier de l’éthologie humaine, et les deux photographes, arpenteurs de planète, Tiziana et Gianni Baldizzone. Ils nous livrent cet album aussi remarquable par la beauté et l’expressivité d’une centaine de portraits  » pleine page  » que par l’éclairante originalité de l’introduction et des commentaires de Cyrulnik. C’est jusque dans les régions les plus reculées (pour nous) du monde que l’objectif des deux photographes, familiers des plus prestigieuses revues de géographie, a saisi, au cours de vingt années de travail, cette superbe collection de visages. Le propos n’est pas exagéré lorsqu’il est dit qu’ils  » reflètent, tous âges confondus, le génie expressif de notre espèce et une gamme incroyablement variée d’émotions que l’on jurerait impossible à saisir « .

L’album est organisé autour de sept thèmes qui vont de  » Regards  » à  » L’âme en paix « , en passant par  » Solitude et partage « ,  » Le jeu du sourire « ,  » Le théâtre de la séduction « ,  » Le visage mis en scène  » et  » Le miroir des sentiments « . Si la plupart des portraits concernent des non-Occidentaux, c’est, au dire des auteurs, pour échapper à  » une certaine banalisation dans l’expression des sentiments « , alors que, dans les sociétés  » anciennes « , ils ont  » rencontré, pour finir, le plus de liberté dans le dévisagement « . Quant aux commentaires de Boris Cyrulnik, ils mettent en lumière la primauté originelle, la nécessité, la diversité, l’évolution, les messages, les intentions et les ruses de ce moyen de communication qui exprime l’individu, soit intentionnellement, soit à son insu. Selon le style qui lui est coutumier, le psychologue évite le jargon du sérail et émaille son propos d’anecdotes et d’exemples à la fois insolites et signifiants. On peut aussi mesurer la finesse de son regard et de sa sensibilité dans l’inventaire qu’il trace des détails du visage et de leur langage propre. Une fable, enfin. Elle est éloquente et sinistre : Frédéric II de Hohenstaufen, ayant, à titre d’expérience, acheté et fait élever du mieux possible des nouveau-nés affublés en permanence d’un masque et interdits de parole, beaucoup moururent et les autres devinrent idiots.

Ghislain Cotton

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