Le pinceau qui tue

Patricia Cornwell nous le révèle : Jack l’Eventreur était en réalité l’impressionniste Walter Sickert. La diva de l’ADN se surpasse

Jack l’Eventreur, affaire classée, par Patricia Cornwell. Trad. de l’américain par Jean Esch. Ed. des Deux Terres, 464 p.

Le jour, il pratique l’aquarelle, la nuit, la peinture au couteau. Un véritable artiste, Walter Sickert (1860-1942), alias Jack l’Eventreur. Et un homme de culture : lecteur de Proust, il a une passion pour Stevenson, surtout pour Docteur Jekyll et Mister Hyde. Ami d’Oscar Wilde, de Henry James, de Degas ou de Pissarro, ce garçon exquis, sans doute un peu pervers et narcissique, selon son entourage, mais rien de bien méchant, figure au dictionnaire comme l’un des meilleurs impressionnistes du début du xxe siècle ; ses toiles s’exposent à la Tate Gallery ou au John Paul Getty Museum, à Los Angeles. Il a désormais la place qu’il mérite dans l’almanach du crime : la toute première. Grâce à Patricia Cornwell, qui lui consacre une bio hallucinante, mieux écrite et construite qu’aucun de ses romans. En grande pro, elle a trouvé d’emblée la bonne distance : froideur sans dédain, indignation sans haine, compréhension sans complaisance.

Avant que la diva de l’ADN, interpellée par les manques, approximations et négligences des enquêtes sur le boucher de Whitechapel, ne s’attache à son cas, assistée

de chimistes et de graphologues, Sickert passait pour un simple suspect parmi d’autres : le fameux duc de Clarence, petit-fils de la reine Victoria, sir William Gull, médecin de la cour, Lewis Carroll (mais oui !) ou lord Randolph Churchill, père de Winston.

Avec un acharnement digne de sa célèbre héroïne, Kay Scarpetta, qui lui a valu d’être sévèrement critiquée en Grande-Bretagne par les spécialistes, Cornwell multiplie recoupements et analyses, entrecroisant les pistes, d’abord dans les brouillards de Londres, où sévit Jack en 1888, puis en Italie et même à Dieppe, où le psychopathe le plus connu de la planète fit aussi des victimes. Elle achète pour des millions de dollars des toiles du peintre, afin d’en examiner motifs et obsessions, principalement des prostituées, pointe son goût du déguisement, le confond par son écriture et son papier à lettres, rend responsable de sa fureur homicide une fistule mal opérée, s’obstine. Et convainc. A l’affiche pour longtemps, Cornwell-Sickert, le couple le plus glamour de la scène du crime…

l Michel Grisolia

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