Le nouveau consensus israélien

Ce qu’avait amorcé Sharon se fera sans lui. Ce sera très probablement plus compliqué, plus lent, combattu par une plus grande frange de la population, mais l’évacuation des territoires occupés se poursuivra, car ce pays, son écrasante majorité, veut désormais  » se séparer  » des Palestiniens.

C’est le fait nouveau, un total changement de donne, qui avait été occulté par le nouveau Sharon, celui du retrait de Gaza, mais que son effacement donne maintenant à voir.

A l’époque, tout avait semblé tenir à un homme. Ailleurs comme ici, toutes les analyses s’étaient centrées sur la conversion de cet apôtre du Grand Israël qui faisait démanteler des colonies sans que les attentats aient cessé, sans même chercher à obtenir une contrepartie des Palestiniens. Tous les projecteurs s’étaient braqués sur lui, mais sa décision n’avait fait, en réalité, qu’anticiper et précipiter un nouveau consensus.

La gauche israélienne, d’un côté, ne croit plus guère en la possibilité de négocier un règlement de paix. Elle n’y a pas officiellement renoncé, mais, dans les rangs travaillistes comme dans ceux de l’intelligentsia pacifiste, les divisions palestiniennes, la montée du Hamas et l’incapacité de Mahmoud Abbas à tenir ses troupes ont enraciné le doute né de la deuxième Intifada et des ambiguïtés de Yasser Arafat.  » Où est l’interlocuteur ?  » se demande-t-on à gauche. Où est la figure palestinienne qui aurait  » assez de courage, de pouvoir et d’autorité  » pour faire accepter les concessions que demanderait un accord ? se dit-on de ce côté de l’échiquier, tandis que de l’autre, à droite, les choses ont tout autant évolué.

A droite, dans cette droite recentrée qui avait quitté le Likoud avec Ariel Sharon, on a enfin compris que la poursuite de l’occupation ne résoudrait rien et que, même si elle permettait, un jour, d’étendre Israël jusque dans ses frontières bibliques, les juifs y seraient alors minoritaires.

La droite a rompu avec le mythe du Grand Israël comme la gauche a perdu l’espoir d’un règlement négocié. Cette double révolution a rebattu les cartes, permis des rapprochements entre des camps hier totalement antagonistes et, parallèlement, la droite comme la gauche ont réalisé qu’Israël se devait de restaurer son image pour préserver ses soutiens internationaux et que, débarrassée des coûts de l’occupation, son économie pourrait faire de nouveaux bonds.

C’est ainsi que s’était imposée l’idée qu’incarne Kadima, le nouveau parti créé par Ariel Sharon – l’idée d’abandonner la  » majeure partie  » des Territoires, de dresser un mur, au sens propre et figuré, entre les Palestiniens et Israël et de tout miser sur la haute technologie, domaine dans lequel excelle ce pays.

Malgré leurs rivalités et leur diversité, les dirigeants de Kadima réussissent aujourd’hui à faire front. Bien au-delà de Sharon, une page se tourne en Israël, mais reste, bien sûr, qu’une séparation unilatérale n’est pas la paix et que l’homme du nouveau consensus n’est plus là pour le garantir.

Bernard Guetta

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