Le nord ne paiera plus

Faute de moyens, les Wallons peuvent faire une croix, à moyen terme, sur l’amélioration de leur sécurité sur les routes.

Il faudra s’y faire. Demain, la circulation sur les routes ne sera plus ce qu’elle est aujourd’hui. Y aura-t-il une signalisation différente selon que l’on roule sur une autoroute à Gand ou à Liège ? On n’en est pas encore là, heureusement, au royaume de l’absurde. L’évolution sera plus diffuse, mais pourtant bien réelle. Un jour, les Wallons perdront plusieurs dizaines de millions d’euros, qui sont affectés à l’amélioration de leur sécurité routière. Ces dizaines de millions d’euros étaient disponibles grâce au Fonds de la sécurité routière. Celui-ci est une véritable manne. L’année dernière, il a rapporté 98,9 millions d’euros au budget fédéral. Mais, ce fonds étant alimenté à 80 % par le nord du pays, plus répressif en matière de sécurité routière que le Sud, les partis flamands exigeaient depuis longtemps sa régionalisation. Ils l’ont obtenue. Son démantèlement, qui prévoit une nouvelle grille de distribution, moins favorable au Sud, a entamé ces jours-ci son parcours parlementaire.

Fâcheux ? Oui, pour deux raisons. D’abord, financièrement. L’Union des villes et communes de Wallonie (UVCW) estime la perte sèche à 32 millions d’euros. Or ce fonds permet jusqu’à présent aux 72 zones de police (en Wallonie) de mieux assurer la prévention et la répression routières : pose de caméras (radars) par les communes, utilisation de faux policiers ou véhicules de police (en carton) aux points noirs des voiries communales, achat d’alcotests, sensibilisation auprès des jeunes, etc. L’Union peste d’autant plus que ce fonds avait été créé, en 2000, pour compenser les inconvénients de la réforme des polices, financièrement défavorable aux francophones.

 » Un risque de politisation énorme « 

Second motif d’inquiétude : si ce fonds est appelé à se tarir, c’est parce que les deux premières catégories d’infractions routières (GSM au volant, stationnements gênants, petits excès de vitesse, etc.) échapperont bientôt à la sphère pénale, au profit d’un traitement administratif. Comprenez : ce sont les communes qui devront jouer aux juges ! Et, évidemment, elles ne sont pas équipées, ni matériellement ni humainement, pour une telle mission.  » Le risque de politisation est énorme, estime Paul Furlan, le président de l’UVCW. Les citoyens feront pression sur leurs élus locaux pour faire sauter les procès-verbaux. C’est humain mais inadmissible ! « 

Que faire alors ? Ralentir la réforme au niveau fédéral. Mais cela se limite à gagner du temps sur l’agenda du gouvernement Leterme. Autre piste : augmenter la répression routière, en Wallonie, et compenser ainsi la perte des 32 millions par de nouvelles rentrées. Une logique finan- cière qui fait bondir Thierry Papart, juge de police à Liège.  » Au lieu de penser « gros sous », portons le glaive là où les besoins sont les plus criants : le manque de présence policière dans la circulation, la dissuasion le long des routes. Quand l’infraction est commise, c’est qu’il est déjà trop tard en termes de sécurité.  » Ça s’appelle le bons sens.

Ph. L.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content