Le moteur s’emballe

La facture Francorchamps est-elle trop élevée pour la Wallonie ? En attendant le nouveau contrat de la F 1, plein feu sur le rapport coûts-bénéfices

La commission parlementaire wallonne qui s’est penchée, en décembre dernier, sur le contrat de 2003 qui a permis le retour de la F 1 sur le circuit de Francorchamps s’est contentée d’un travail superficiel. Elle ne s’engage manifestement pas beaucoup en réclamant de la part des ministres un peu plus de collégialité dans la gestion du dossier et en demandant d’envisager qu’à l’avenir la garantie de la Région ne joue que sur la moitié des sommes en jeu dans le prix du Grand Prix. L’argent public reste l’enjeu essentiel du débat politique que va, probablement, susciter le nouveau contrat avec le maître de la F1, Bernie Ecclestone.

Que coûte le circuit de

Francorchamps à la collectivité ?

Depuis sa mise en chantier, en 1976, le  » nouveau  » circuit raccourci de Francorchamps (7 km au lieu de 14 km) a été payé à concurrence de 54 millions d’euros, au moins !, par le contribuable belge, d’abord, wallon ensuite ( lire ci-contre). Il s’agit d’une estimation, car des chiffres officiels complets font défaut.

En 2005, plusieurs départements de la Région wallonne ont subsidié le circuit et ses différentes activités pour un total de 3,2 millions d’euros. En outre, la Société de promotion du circuit (SPCSP) a reçu un prêt de la Sogepa de 15 millions d’euros afin de payer le prix du plateau de la F 1 suite à la faillite de la société organisatrice DDF1. Une partie pourra être récupérée, en principe.

Que rapporte le circuit de Francorchamps à la collectivité ?

Le retour sur investissement public de Francorchamps reste encore nébuleux, mais l’université de Liège qui travaille sur la question, à la demande de la SPCSF, a remis un premier rapport à son commanditaire. Il reste provisoirement top secret ! Toutefois, le directeur général de la SPCSF, Jean-Paul Mawet, met en avant les effets économiques favorables des activités développées sur le circuit.

Le revenu des activités Le ruban de bitume ardennais a été utilisé 236 jours en 2005. Week-ends de course et période hivernale exceptés, chaque journée a été louée au prix plein. Soit 10 000 euros. C’est certes trois fois moins que les tarifs en vigueur pour les infrastructures beaucoup plus vastes et modernes du Castelet, dans le sud de la France. Cette source de revenus a néanmoins permis à la SPCSF d’afficher un résultat d’exploitation de l’ordre de 245 000 euros (avant impôt) en 2004. Le bilan de 2005 est à la baisse, mais reste en boni, ce qui permettra le versement d’un dividende aux actionnaires publics de cette société anonyme.

Recettes fiscales Malgré un déficit évalué à plus de 5 millions d’euros, le Grand Prix de Belgique 2005 a généré 3,7 millions d’euros de TVA et 1,4 million de taxes de billetterie. Le premier montant revient à l’Etat fédéral, qui engrange également le bénéfice des taxes sur les jeux et paris, des cotisations de sécurité sociale et du précompte professionnel. Le solde devrait, en principe, tomber dans les escarcelles communales de Stavelot et de Malmedy au même titre que le produit des redevances sur les parkings et sur l’occupation du domaine public, de la location de biens immobiliers et de la SRI (rémunération des services).

L’emploi La SPCSF emploie directement 10 personnes et l’intercommunale, 29 autres. Le GP offre un coup de pouce au secteur associatif local : 20 000 heures de prestations, soit 150 000 euros au bénéfice d’une cinquantaine de clubs et associations locales chargés de la billetterie, des parkings et du stewarding. L’emploi indirect est difficile à chiffrer. On attend avec intérêt les résultats du rapport de l’université de Liège. Une étude controversée de l’ULB avait limité les retombées habituelles de l’événement entre 5 et 10 millions d’euros pour le commerce et le secteur de l’Horeca, soit 1 % des recettes annuelles du tourisme international dans les provinces de Liège et de Luxembourg . Une estimation sommaire de la Fédération du tourisme de la province de Liège avait évalué à 11 millions d’euros les dépenses touristiques générées en province de Liège par le Grand Prix de 1999.

Francorchamps, trop cher ? C’est la F 1 qui coûte cher. Partout dans le monde. Les circuits qui accueillent ses bolides sont de plus en plus nombreux à crier famine. Au Japon, Suzuka s’est rapproché d’un autre tracé, celui de Montegi, pour braver la crise. En Italie, Monza et Imola (hôte du Grand Prix de…  » San-Marin « ) souffrent le martyre. Le rendez-vous brésilien n’a dû son salut qu’à l’appel interjeté en 2004 contre la décision initiale d’un tribunal de première instance qui interdisait aux autorités municipales de São Paulo toute contribution financière à une manifestation sportive lourdement déficitaire. Pis : en Allemagne, le Hockenheimring est au bord de la faillite et son responsable, Dieter Gummer, tente d’obtenir le rééchelonnement de la dette contractée à l’égard du Land de Bade-Wurtemberg. En 2001, le tracé a requis 61 millions d’euros.

En France, la reconstruction du nouveau circuit de Magny-Cours et de ses installations annexes a englouti 54 millions d’euros au début des années 1990. Les nouveaux circuits sortis de terre, au cours des dernières années, ont nécessité des dépenses faramineuses : 60 millions d’euros à Istanbul, 120 au Kuala Lumpur, 145 à Bahreïn et 200 à Shanghai. Francorchamps, là, tient la comparaison. Par contre, le déficit du GP de Belgique tend à s’emballer. Pour équilibrer les comptes des épreuves 2005 de GP, les pouvoirs publics sont intervenus pour 2 millions au Canada et pour 2,3 millions en France. L’organisateur commercial Didier Defourny a cumulé un déficit d’environ 10 millions en 2004 et 2005. La Wallonie est sur le point de conclure un nouveau contrat avec le petit homme fort de ce grand manège automobile, le Brittanique Bernie Ecclestone. Elle échafaude un montage financier dans lequel elle semble prête à apporter une sorte de subside annuel de l’ordre de 6 millions d’euros. Faut-il voir dans ce pas-de-porte le signe d’une fuite en avant diabolique, le résultat d’un compromis honorable ou la cerise sur le gâteau salé des investissements déjà réalisés qui, sans cela, s’avéreraient improductifs ? Dans le milieu des décideurs, la thèse prévaut que Francorchamps peut difficilement se passer de la F 1 malgré l’inflation de ses coûts.

Christophe Engels

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