Le mot pour le dire

Le mot s’immisce depuis peu dans le langage courant, dans les colloques et dans les cénacles politiques. Pour distinguer la femme de l’homme, le terme  » genre  » s’impose cependant plus vite en Belgique qu’en France. C’est que, dans l’Hexagone, cette vogue n’est pas du goût de la Commission générale de terminologie et de néologie, laquelle, dans un récent avis, condamne cet  » usage abusif  » du substantif, préconisant l’emploi de  » sexe  » plus classique.

De quoi parlons-nous, au juste ? Le mot  » genre « , du latin genus, generis, renvoie à l’engendrement, donc à la biologie et à la nature. Le français l’utilise sur le plan grammatical afin de distinguer le féminin du masculin. L’anglais, lui, l’a élargi depuis longtemps dans l’usage quotidien à sa dimension sociale : les rôles respectifs des femmes et des hommes dans tous les aspects de l’existence. Ce sont d’ailleurs les féministes anglo-saxonnes qui ont commencé à utiliser le terme comme outil de recherche dans les années 1970 avec les women’s studies, les études sur les femmes. Leur but : souligner la différence entre sexe biologique et sexe social. Avec, in fine, la ferme intention de porter le coup de grâce à l' » idéologie naturalisante  » qui présente la différence des sexes comme une donnée naturelle et inaltérable. Sous l’influence du marxisme, du structuralisme, de la psychanalyse ainsi que des travaux de Michel Foucault sur la sexualité et des études gays à la fin des années 1980, les women’s studies s’étendent aux gender studies. Les hommes sont intégrés au champ d’analyse, sous l’angle des rapports qu’ils entretiennent avec l’autre sexe.

En France, l’université se méfie de ces chercheurs et surtout chercheuses au militantisme affiché, qu’elle soupçonne de vouloir défendre une version communautariste de la différence sexuelle. La greffe finit par prendre dans les années 1990, avec l’explosion médiatique des sciences sociales, qui commencent à analyser le champ du travail sous l’angle féminin. Aujourd’hui, de nombreuses chercheuses du CNRS se sont spécialisées dans les études de genre, qui font par ailleurs l’objet de modules universitaires. Mais des blocages persistent, assurent les intéressés.  » Il y a toujours très peu d’affichage de postes sur ces sujets, considérés comme peu nobles ou de parti pris, déplore Delphine Gardey, auteure avec Ilana Löwy de L’Invention du naturel (Archives contemporaines). On nous reproche de faire de la politique, mais de quelle neutralité nous parle-t-on ? Les femmes ne représentent toujours qu’une petite minorité dans les cercles dirigeants !  »

C. C.

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