» Le message syndical ne passe plus « 

Quels rapports entre le syndicat et le Parti socialiste ? La question était au cour des grèves de 1960, et reste d’actualité. Le point avec Marc Goblet, président de la FGTB liégeoise.

La marmite socialiste, il est tombé dedans quand il était petit. Son père, mineur aux charbonnages de Battice, a été l’un des principaux dirigeants de la FGTB liégeoise. Lui-même a débuté sa carrière professionnelle, à 25 ans, comme secrétaire permanent de la Centrale générale. Parallèlement à ses fonctions syndicales, Marc Goblet a tâté de la politique : conseiller communal, puis échevin à Herve, mais surtout président de la fédération verviétoise du PS, de 1998 à 2003. Il nous reçoit dans une salle froide, au sol recouvert de belles dalles en pierre wallonne, où sa voix de stentor résonne.

Le Vif/L’Express : Peu de responsables du PS se référent encore aux grèves de 1960. Comment expliquez-vous ce silence ?

Marc Goblet : Remettre dans l’actualité les luttes de 1960, c’est évidemment difficile pour les responsables du Parti socialiste, puisque la crise actuelle va justement les amener à prendre des mesures analogues à la Loi unique… D’aucuns, à gauche, disent qu’on n’aura pas d’austérité, mais bien de la rigueur. Reconnaissons que la frontière entre les deux est mince. La question reste la même qu’en 1960 : quand l’Etat est confronté à des difficultés budgétaires, rabote-t-on les dépenses publiques ? Ou essaie-t-on de trouver des nouvelles recettes ? L’option de gauche, c’est la seconde.

En 1960, quand André Renard demande des  » réformes de structures « , il vise à la fois les structures capitalistes de l’économie et les structures unitaires de l’Etat belge. Pour vous aussi, les revendications sociales et institutionnelles s’enchevêtrent ?

Je n’ai aucun souci avec une évolution fédéraliste importante. Renforcer les Régions, cela me paraît naturel. Mais j’aborde l’institutionnel en me demandant : quel est le mieux pour le monde du travail ? Je ne fais aucune différence entre les citoyens flamands, wallons, bruxellois et germanophones. Nous sommes un syndicat socialiste, donc internationaliste. Tout ce qui relève de la solidarité interpersonnelle doit rester au niveau fédéral.

Francis Gomez, président de la FGTB-Métal, propose de régionaliser l’accord interprofessionnel, les prépensions, l’impôt sur les sociétés…

A la centrale du métal, ils sont plus régionalistes. Si on se remet dans le contexte de 1960, ils se situent dans la vision  » renardiste « . Je dis simplement à mes camarades du métal : régionaliser l’impôt sur les sociétés, c’est de facto régionaliser la sécurité sociale, puisque la sécu est financée à 65 % par les cotisations sociales et à 35 % par l’impôt. Dès qu’on régionalisera l’impôt, tout le reste s’écroulera.

André Renard voulait une coupure nette entre la FGTB et le parti socialiste. Vous, par contre, vous avez endossé des responsabilités à la fois syndicales et politiques. Pourquoi ce choix ?

En 1986, Guy Spitaels passe un accord avec l’interrégionale wallonne de la FGTB. Le but est de travailler en commun pour ramener le PS au pouvoir. En vertu de cet accord, j’ai décidé de m’investir dans le parti. Je voulais vérifier que le PS respectait bien ses engagements envers nous… Je ne suis évidemment pas heureux de toutes les politiques que mènent les dirigeants socialistes. Ni de l’évolution des esprits. Mais j’estime qu’on doit d’abord chercher ce qui nous rassemble. Pour moi, il n’y a qu’un seul vote utile : le vote PS.

Qu’est-ce qui vous déplaît dans l’évolution du PS ?

Ce discours selon lequel il n’y a pas d’alternative. Un parti au pouvoir doit accepter des compromis, d’accord. Mais si les responsables du PS disaient : le contexte est défavorable, on sauve ce qu’on peut… Cela me rassurerait. Au lieu de ça, ils essaient toujours de justifier l’action du gouvernement, même quand celle-ci est en contradiction avec le programme et les valeurs du PS. Ils donnent l’impression qu’il n’y a plus de différence entre la gauche et la droite.

Vous avez récemment regretté que les leaders du PS liégeois se situent tous dans la même logique du libre marché…

C’est vrai, mais il y a de fortes nuances entre eux. Jean-Claude Marcourt n’est pas Michel Daerden. La différence se situe plutôt dans le comportement… De tous les ministres PS, Marcourt est sans doute celui qui est le plus attentif aux attentes de la FGTB.

En 1960, Louis Major était à la fois secrétaire général de la FGTB et député socialiste. Vous regrettez que le double mandat – syndical et parlementaire – ne soit plus permis ?

L’autoriser, moi, cela ne me dérangerait pas. Pour autant qu’on assume ses fonctions avant tout comme syndicaliste. Lorsque j’étais président de la fédération PS de Verviers, c’était d’abord pour défendre les idées de la FGTB. Depuis que Gaston Onkelinx a quitté le Parlement, en 1987, on n’a plus de député issu du monde ouvrier… C’est peut-être ce qui explique que le PS ne défend plus un projet de société tel qu’on l’aimerait. On doit s’interroger. Comme la FGTB n’est plus présente dans les structures du PS, le message syndical ne passe plus.

ENTRETIEN : F.B.

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