Le mélanome, entre ombres et lumières

Cette journée aura lieu le 10 mai. Sur rendez-vous, des dermatologues réaliseront gratuitement des contrôles cutanés. Rens. : 0800 92424.

Dans la famille des cancers de la peau, les carcinomes mènent la danse, avec 85 % des cas. Mais ils ne sont pas ceux que redoutent le plus les dermatologues. Pour eux, le principal ennemi, c’est le mélanome. En effet, en dépit des progrès médicaux, seul le mélanome a un réel impact en termes de mortalité. Plus inquiétant encore : les décès qui lui sont dus augmentent de 2 % tous les ans. Une récente étude française montre que, dans 47 % des cas, il s’agit de personnes de moins de 65 ans. Des hommes, en majorité, sans doute parce que la détection de la maladie est réalisée, chez eux, à un stade trop tardif…

Actuellement, dans notre pays, les mélanomes touchent environ 13 personnes sur 100 000 (soit quelque 1 300 nouveaux cas par an). Chaque année, le nombre de malades progresse de 6 %. Comment enrayer cette spirale ? Voici les réponses, optimistes, du Dr Marianne Laporte, dermatologue et chef de clinique adjoint à l’hôpital Erasme (Bruxelles).

Le Vif/L’Express : Le mélanome fait peur. Pourtant, est-il exact de dire qu’il est largement guérissable ?

Dr Marianne Laporte : Absolument ! Dans 80 % des cas, les mélanomes sont détectés petits, à un stade débutant et ils sont alors guéris grâce à leur excision. L’information et les campagnes de prévention menées, par exemple, lors de l’Euro Mélanome Day (1) ont précisément pour objectif de rappeler à quel point il est important, pour ce type de cancer, de proposer le traitement au tout début du processus cancéreux. Un grand nombre de ces mélanomes débutants sont détectés tous les ans, en Europe, lors de cette journée de prévention. Or, pour ce que nous appelons le stade 1 des mélanomes, le pronostic de guérison est excellent : il dépasse 95 % de survie à 5 ans. Au stade 2 de la maladie, on se situe encore entre 75 à 80 % de chances.

Détecter un mélanome de manière précoce, qu’est-ce que cela veut dire ?

Il faut environ de un à deux ans pour qu’un mélanome débutant devienne cliniquement discernable, ce qui est relativement lent. S’il est détecté dans ce laps de temps, il pourra généralement être soigné efficacement grâce à son ablation.

Mais cette tumeur possède un haut potentiel de généralisation. Cela signifie qu’une fois installée, si elle n’est pas repérée, elle risque d’envoyer des cellules métastasées dans tout l’organisme (ce sont les stades 3 et 4 de la maladie, déterminés par l’analyse des ganglions, qui vont s’avérer envahis ou pas). Dans ce cas, il arrive que des récidives surviennent. En général, elles apparaissent entre 18 et 36 mois après le traitement. Il faut, alors, opérer à nouveau, puisque la chirurgie est toujours la meilleure forme de thérapie possible.

Que faire face aux récidives ?

La capacité du mélanome à pénétrer dans l’organisme doit conduire les spécialistes à proposer un suivi spécifique des patients : il s’agit de repérer immédiatement toute rechute et de la traiter.

A tous les stades de la maladie, la détection précoce reste donc le maître mot…

Certainement. Mais cette attitude n’est pas forcément généralisée. Dans certains pays, le suivi préconisé après le traitement initial n’est pas aussi rigoureux ni aussi complet que chez nous. Cette attitude est généralement due à des impératifs de restrictions budgétaires. Or cela n’a aucun sens. Sur un plan économique, contrairement à ce qui se dit parfois, il ne revient pas plus cher de mettre en place un suivi régulier que de détecter, très tard, des récidives de mélanome. Ainsi, à l’hôpital Erasme, selon nos estimations, le suivi de patients allant des stades 1 à 3 revient environ à 3 000 euros. Pour 25 000 euros, au stade 4. Et puis, surtout, sur un plan éthique, faute d’examens précoces, on risque de laisser glisser des patients vers des stades de la maladie où il sera bien plus difficile de les soigner. Il est donc essentiel que nous puissions continuer notre politique de santé, sans être happés par des attitudes de  » négligences autorisées « .

Imposer un suivi très régulier et des examens multiples, est-ce vraiment un  » plus  » pour les patients ?

Mais oui ! En cas de récidive, il ne s’agit pas de perdre tout espoir, cela doit être dit et répété, tant aux professionnels de la santé qu’aux malades et à leur famille. En réalité, lorsque ce cancer n’a pu être guéri à un stade précoce, il peut devenir une maladie chronique, évolutive, qui laisse une bonne qualité de vie au malade. En effet, le traitement principal repose toujours sur la chirurgie : en général, il n’y a pas de chimiothérapie, avec ses conséquences si douloureuses à vivre.

Quelles sont les possibilités de traitements ?

Dans le monde entier, les praticiens suivent un même schéma : le traitement de base repose sur l’excision, assez large, de la tumeur cancéreuse. Actuellement, aux stades plus poussés de la maladie (3 et 4), le praticien suggère aussi un traitement adjuvant par interferon. Ce médicament n’intervient qu’assez peu sur l’espérance de vie, mais il semble retarder l’apparition des métastases. D’autre part, en Belgique, certains patients acceptent également la vaccination anti-mélanome, qui est encore en expérimentation.

En définitive, vous dites que le mélanome peut devenir une maladie chronique comme beaucoup d’autres…

C’est effectivement le cas. Nous rencontrons des patients qui, grâce à un suivi constant et régulier, vivent de dix à quinze ans avec un mélanome généralisé. Outre ce message, il est essentiel de garder à l’esprit que la prévention (par un comportement adapté aux dangers du soleil) est déterminante afin de lutter contre ce cancer évitable, et d’en faire baisser l’incidence.

Y a-t-il de vrais changements de comportements face au soleil ?

Peut-être pas vraiment encore. Mais, en tout cas, il semble au moins que la population commence à comprendre l’importance d’une surveillance régulière de sa peau, ce qui est déjà un progrès. Un simple bilan, chez un spécialiste, permet de savoir dans quelle catégorie de risque chacun se situe (cela dépend de la couleur de peau, du nombre de noevus, etc.). Et d’adopter ensuite les mesures de protection et le suivi médical nécessaires.

Pour se protéger contre le soleil, peut-on faire confiance aux crèmes solaires ?

Pendant longtemps, ces produits n’ont donné de protection que contre les rayons UVB du soleil, qui étaient les seuls à être considérés comme carcinogènes. On sait que cela n’a pas suffi à lutter contre le mélanome. Pour être franche, les produits ne sont pas seuls en cause : en nous évitant les rougeurs, ils nous ont incités à rester plus longtemps au soleil. De plus, ils ont généralement été sous-utilisés (ne serait-ce qu’en raison de leur prix) ou mal utilisés (il faut en remettre régulièrement, et en couche suffisante), en particulier par les personnes s’exposant beaucoup au soleil. Actuellement, on sait aussi que les effets des UVA sont loin d’être négligeables dans le développement des mélanomes. Ces rayons sont présents toute l’année, y compris à travers les nuages. Désormais, de nombreux produits contiennent donc aussi des anti-UVA.

Et les bancs solaires ? Sont-ils dangereux ?

Ils ne sont pas recommandés : on pense qu’ils augmentent légèrement les risques des carcinomes et peut-être, aussi, des mélanomes. Il existe un autre argument de poids, peut-être plus déterminant, pour s’en passer : leurs rayons augmentent sans aucun doute possible le vieillissement de la peau. De manière visible, en quelques années seulement…

Entretien : Pascale Gruber

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