Le maître de l’angoisse

Hideo Nakata, le réalisateur japonais de Ring, récidive avec Dark Water, film aussi fascinant qu’inquiétant, préférant aux effets faciles une discrétion qui renforce la peur

La riche tradition fantastique japonaise s’est trouvé un digne héritier en Hideo Nakata, jeune quadragénaire auquel on doit déjà un film culte du genre, le formidable Ring. Réalisée en 1998, cette £uvre singulière imagine qu’une certaine cassette vidéo a le pouvoir de causer la mort de ceux et celles qui la regardent. Un  » remake  » hollywoodien médiocre mais fort rentable est venu récemment tirer profit des idées originales du film de Nakata. En versant dans la facilité d’effets horrifiques appuyés, la version américaine de Ring a souligné par l’absurde les qualités exactement opposées de l’original japonais : économie de moyens et d’effets, accent sur l’atmosphère, tension soutenue et images chocs d’autant plus marquantes qu’elles sont rares. Maître de l’angoisse, Hideo Nakata préfère la suggestion à la débauche d’effets, et inscrit ses explorations de la peur dans un contexte réaliste peuplé de personnages crédibles auxquels on s’identifie facilement. Cette approche préside encore aujourd’hui au nouveau film du cinéaste nippon, un Dark Water que les amateurs de frissons et, plus largement, de suspense fantastique ne doivent manquer sous aucun prétexte.

Les eaux sombres

Ecrit par le scénariste habituel de Nakata, Yoshishiro Nakamura, d’après une nouvelle de Koji Suzuki, Dark Water nous emmène sur les pas d’une jeune femme en instance de divorce et qui se bat pour conserver la garde de sa fille de 5 ans. En quête d’un logement, et disposant d’un budget limité, elle se résout à louer un appartement modeste dans un immeuble humide et vieillissant. Une tache au plafond ne tarde pas à l’alarmer quelque peu, signe probable d’une infiltration venue de l’appartement du dessus. Le concierge, alerté, ne donne pas suite, et la tache s’étend, tandis que d’autres petits phénomènes gênants apparaissent. De quoi ennuyer Yoshimi et la petite Ikuko. De quoi, aussi, titiller leur curiosité pour des secrets qu’il vaudrait mieux, pour toutes deux, laisser dormir dans les eaux sombres évoquées par le titre…

Hideo Nakata joue à merveille de la lente et progressive montée d’inquiétude vécue par mère et fille dans l’immeuble maudit. La peur s’insinue peu à peu, en une gradation subtile qui mènera – ne croyez pas y couper – au sommet de terreur que vous serez venus chercher dans le confort protecteur (et illusoire ?) de la salle obscure. A l’heure où le thriller fantastique se décline presque uniquement sur le mode de la surenchère et de l’autoparodie, le cinéma sobre et d’autant plus percutant de Nakata persiste à cultiver une différence qui le place dans la lignée du Polanski de Repulsion, de l’Argento de Suspiria et – par endroits – de certains films de David Lynch, lui-même admirateur avoué de son collègue nippon.

L.D.

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