Le grand saut

Avec Le Vertige du papillon, les acrobates de la Cie Feria Musica déclinent l’art de tomber. Audacieux et léger

Bruxelles, Halles de Schaerbeek, du 10 au 14 mars. Tél. : 02 218 21 07.

Même si certains y trouveront à redire, on ne peut nier que, pour ce qui est des arts de la scène, c’est dans les domaines de la danse et du cirque que les choses évoluent avec le plus d’entrain. Pour les chorégraphes, comme pour les gens du cirque, cela vient d’une disposition d’esprit, d’une façon très ouverte d’aborder la création. Naturellement, les spectacles ne sont pas tous aboutis, ni d’un niveau égal. Selon une logique assez facile à décrypter, on peut aussi constater que les artistes de cirque cherchent de plus en plus fréquemment à collaborer avec un chorégraphe. Comme ce fut déjà le cas pour d’autres compagnies de cirque, la Cie Feria Musica a trouvé  » sa  » chorégraphe, Fatou Traoré. Ensemble, ils ont concocté un Vertige du papillon qui rassemble les 7 acrobates-voltigeurs et les 4 musiciens de la Cie Feria Musica.

Fondée, en 1995, par le trapéziste Philippe de Coen et le compositeur Benoît Louis, la compagnie ancrée à Bruxelles a déjà proposé précédemment Les Liaisons dangereuses et Calcinculo.  » Pour ce Vertige du papillon, explique Philippe de Coen, nous cherchions une approche de la danse en relation avec le cirque. Dans le cirque, les acrobates n’ont de cesse de trouver un point d’équilibre. Pour le danseur, c’est l’inverse. Il part d’une stabilité et trouve le point de déséquilibre qui génère un nouveau mouvement.  » Suivant ce raisonnement, la chorégraphe Fatou Traoré, déjà forte de deux expériences liées au cirque, imaginera un spectacle qui place la chute comme élément moteur du mouvement et de l’occupation de l’espace. Le dispositif est pensé pour convenir aussi bien au spectacle en salle que sous chapiteau et il permet toutes les variations sur les manières de tomber sous contrôle, comme les culbutes et dégringolades. Et, par conséquent, sur toutes les façons de sauter et de rebondir.

Le plus souvent, quand il s’agit de  » nouveau cirque « , les numéros sont liés par un fil conducteur qui cimente l’ensemble du spectacle. La chute, ici, assure ce fil rouge. Mais il est dommage que ce Vertige du papillon ait saucissonné un travail qui mérite certes beaucoup d’éloges, mais dont le souffle est régulièrement cassé par des changements trop abrupts, dont on ne saisit pas facilement la pertinence. Se suivent donc de bons et même d’excellents numéros qui nous font passer de la danse aux trapèzes, aux mâts chinois, aux interventions musicales, à la voltige, à la jonglerie.

Une idée renversante

Précisément, on voit bien par où la jonglerie rejoint la danse, ces petites balles blanches qui roulent ou sautent, sans précipitation, le long d’un plan incliné, rencontrant les mains des différents complices du Vertige du papillon. Amusantes et poétiques, d’autres petites balles manipulées avec rythme et humour font penser à des gouttelettes de pluie. Viennent aussi les moments dansés au sens strict du terme par ces artistes de cirque dûment entraînés et dont le savoir-faire fraîchement acquis permet quand même d’apprécier la souplesse du style chorégraphique de Fatou Traoré.

Mais, puisque les chutes, parfois étonnamment longues et travaillées, sont au centre des préoccupations de tous, saluons les acrobates et les voltigeurs. Qu’il s’agisse d’ascension comme de chute – l’une ne va pas sans l’autre -, ils nous offrent des combinaisons étranges et des figures nouvelles, et qui nous montrent que la force physique, qui est ici indispensable, n’est pas incompatible avec la légèreté. Et le public d’acclamer chaleureusement ce Vertige du papillon à la turbulente et dansante trajectoire. l

Lucie Van de Walle

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