Le grand marché de la semaine

Guy Gilsoul Journaliste

Pendant cinq jours, Bruxelles devient le rendez-vous des collec- tionneurs et marchands d’art contemporain. Pour tous les autres, ArtBrussels reste l’occa- sion de voir beaucoup, en peu de temps

ArtBrussels. A l’Expo Hall 3 & 4. 1, place de Belgique (Heysel), à Bruxelles. Du 1er au 5 avril. Nocturne le 5 jusqu’à 22 heures. Tél. : 0800 30 007.

Ça y est, c’est reparti pour cinq jours d’enfer et une ultime nocturne. Pour la plupart des curieux, des étonnements et beaucoup de fatigue ; pour les collectionneurs, trouvailles et retrouvailles ; et, pour les marchands, un chiffre d’affaires en or qui profite des doutes sur les valeurs boursières. Dans ce contexte un peu euphorique, ArtBrussels, la Foire d’art contemporain de Bruxelles, s’impose aussi comme un rendez-vous où, quel que soit le jugement, il faut être passé et, surtout, y avoir été vu.

La chasse est donc ouverte. Les £uvres sont les appâts, les collectionneurs, les proies, et les marchands, les chasseurs. Chacun d’eux vise, parmi la multitude des visiteurs (ils étaient plus de 30 000 l’année dernière), le client fidèle (mais jamais acquis), celui qui ne passe plus à la galerie et celui qui pourrait y revenir. L’art consiste aussi à guider vers le voisin, concurrent et, bien sûr, ami, celui qui, manifestement, n’a ni l’argent ni l’envie qui convient. Car la mise est importante, et personne n’est là pour faire de l’animation socioculturelle. Et, s’il y a bien des chapelles où l’accueil est résolument plus chaleureux, personne ne pourra vous expliciter les nouvelles tendances, sauf en termes d’une navrante banalité. En revanche, chacun vous assurera posséder sinon la valeur sûre, du moins l’artiste dont on ne dit plus aujourd’hui qu’il est prometteur mais  » émergent « . Celui, vous prouvera-t-on, curriculum à l’appui, qui peut déjà vous éblouir par la qualité et le nombre des expositions auxquelles il a participé, les noms millésimés des galeristes (ou des collectionneurs) intéressés et les sélections auxquelles l’un ou l’autre commissaire en vue, en Australie, en Asie, en Islande ou ailleurs (rarement près de chez nous, de toute façon), l’aura convié.

Car les artistes stars, les inaccessibles, se réservent d’autres foires plus prestigieuses comme Bâle ou Paris. Restons modestes. Pourtant, ArtBrussels apparaît bien aux yeux de ses multiples cons£urs comme une foire exigeante, visant les nouveautés  » accessibles  » autant qu’internationales. Voilà bien une autre particularité de ArtBrussels : donner aux galeries étrangères la majorité des stands. Une attitude saine autant qu’astucieuse, dès que l’on sait que ces échanges, loin de faire perdre des clients belges (fort mobiles), font gagner aux nôtres une clientèle étrangère (20 % des visiteurs). En effet, si on insiste (un peu lourdement) sur le nombre et la qualité des collectionneurs belges, force est de constater deux choses. D’abord, le fait que le Belge collectionne beaucoup et de tout, et pas particulièrement de l’art contemporain. Ensuite, que nos grands collectionneurs se font aujourd’hui âgés et, donc, de moins en moins nombreux et de plus en plus convoités, flattés, choyés. D’où, d’une part, la surenchère des petites et grandes attentions (entre autres, le QG, le Belga Queen qui, annonce l’organisateur, offrira aux meilleurs d’entre eux ses bars à huîtres et à cigares). D’où, d’autre part, cette recherche de nouveaux collectionneurs, moins argentés certes, mais à qui, justement, ArtBrussels pourrait bien servir de piste d’entraînement. Imaginez : voici réunies 145 galeries : 41 belges (avec des absents comme Aéroplastics, et des nouveaux venus, comme Mineta), 29 françaises, 21 allemandes, 13 italiennes… Et puis, ces surprises, qui pourraient venir, qui sait ?, d’Helsinki, de Hongkong, de Reykjavik ou encore de São Paulo…

Reste la présentation, identique à elle-même et fonctionnelle à souhait, avec ses quelques pas de côté comme les mini-espaces réservées aux  » Young Galleries  » et ces autres à des one-man-show de jeunes artistes auxquels un jury de collectionneurs accordera cette fois un  » Premier prix « . En fait, ces petits  » plus « , faits pour épicer le parcours d’inattendus relatifs, sont encore bien timides. On songe alors aux orientations plus fondamentales décidées pour la prochaine FIAC de Paris, par exemple. Ainsi, la décision d’accorder un espace réservé à la seule vidéo, ou encore celle de rassembler, en un seul ensemble brassant l’art du xxe siècle, des £uvres historiques appartenant aux galeristes qui prouveraient ainsi leur pertinence. De toute façon, on l’aura compris, on ne va pas visiter une foire pour y vivre une expérience artistique profonde. Et le cadre même du Heysel est bien là pour nous le rappeler.

Guy Gilsoul

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