Le gîte, plus qu’une étape

L’offre ardennaise en matière d’hébergement touristique est impressionnante. Pour qui veut louer avant d’acheter ou… après avoir acheté.

S’évader le temps d’un week-end ou d’une semaine en Ardenne ? Rien de plus facile. Il suffit de jeter un £il sur la Toile pour que pleuvent les offres en tout genre. En deux temps, trois clics, on a vite fait de repérer ici un hôtel, là un camping, plus bas un gîte, voire un chalet dans un village de vacances. Autant d’hébergements très différents, au succès variable et qui quadrillent plus ou moins équitablement la carte ardennaise, même si, ici aussi, la vallée de l’Ourthe et les cantons de l’Est raflent la mise.

Parmi ces options, une semble faire l’unanimité : le gîte. Quantité de sociétés se proposent d’en assurer la promotion, l’intégrant dans leur portefeuille d’adresses, et un nombre considérable de seconds résidents se lancent dans la location de leur bien, d’autres investissant carrément en ce sens. Le phénomène prend une ampleur telle qu’il mord sans vergogne dans la part de clientèle hôtelière. Avec un vivier de plus de 9 000 secondes résidences et 1 306 hébergements de terroir contre seulement 163 hôtels, rien que dans la province de Luxembourg, ce constat ne surprend personne.

Acheter… puis louer

D’autant plus que le marché belge est particulièrement accommodant en la matière, contrairement à la France. C’est le constat que pose Valérie Geron, responsable marketing d’Ardennes-Etape, qui promeut plus de 500 adresses.  » Les locations tournent toute l’année, à la semaine lors des vacances scolaires ou au weekend le reste du temps. Avec peut-être une période plus creuse entre la mi-novembre et la mi-décembre, ainsi que dans le courant du mois de janvier.  » Un laps de temps mis à profit pour effectuer menus travaux et entretien annuel.

A la lecture de ce tableau, d’aucuns se verraient bien propriétaires, collectionnant les jeux de clés… et les enveloppes en fin de mois. Attention, cependant, à ne pas prendre cet investissement à la légère, avertit Valérie Geron.  » S’il est vrai que l’on compte autant de profils différents parmi les propriétaires que parmi les locataires, tous y consacrent énormément de temps et d’énergie. Ce n’est pas, comme beaucoup le pensent, de l’argent facilement gagné.  » S’ajoute à l’entretien et à la préparation du bien en vue de chaque nouvelle location, l’accueil du client et le suivi de son séjour, l’ensemble demandant une motivation de tous les instants. Personnelle ou déléguée – certains dépêchent un tiers, faisant office de contact sur place -, mais bien réelle.

En couple, en famille, entre amis, voire entre collègues, les locataires forment volontiers de grands groupes, surtout les weekends. D’où une adaptation de l’offre, dont la capacité moyenne de 6 à 8 personnes s’étire souvent jusqu’à 15, 25 ou 50. Et s’accompagne dès lors d’extras dont l’investissement est rentabilisé par la taille du groupe : piscine, sauna, Jacuzzi, grand jardin, salle de jeux pour les enfants, etc. En termes de prix, compter un bon 2 000 euros pour le weekend, et entre 2 500 et 3 000 euros la semaine. Pour 6 personnes, les prix baissent drastiquement entre 150 et 450 euros le weekend, contre 250 à 650 pour une semaine.

Vacances au village

De manière générale,  » les gîtes ont un niveau de finition très élevé. Je ne parle pas spécialement de luxe, mais d’une esthétique et d’un charme qui sont le fait de propriétaires attachés à leur bien. Ils le bichonnent pour les locataires comme ils le feraient pour eux « , pointe Valérie Geron. Car le gîte moderne n’a rien de rustique.  » On est loin d’un bien à la scout, de la vieille vision du gîte d’antan « , poursuit-elle. L’Ardenne, c’est l’appel de la nature, entre bois et rivières, du calme, mais aussi… du confort et de l’espace. Ainsi,  » il est primordial que chacun bénéficie d’un bon lit, dans une chambre privée, et d’une place assise tant au salon que dans la salle à manger « . Exit donc les chambres en enfilade, les lits superposés –  » ou alors pour des gîtes de très grande capacité ou idéaux pour des enfants  » – et les divans dépliables. La literie et autres vaisselle et équipement de cuisine sont également des gages de qualité.

Pour évaluer ce confort, le Commissariat général au tourisme en Wallonie (CGT) a lancé, sans obligation légale de s’y conformer, un système d’épis, grimpant de un à quatre selon le degré de qualité.  » Les opérateurs ne s’y retrouvent pas « , intervient Etienne Bricheux, responsable d’Ardenne Résidences, à la tête de 85 gîtes.  » Il est impossible de classer les gîtes de manière aussi mathématique. Entre une maison qui offre tout le confort moderne et une autre, moins à la page mais avec plus de caractère, le choix du locataire est vite fait. « 

Si Valérie Geron et Etienne Bricheux ne s’inquiètent pas outre mesure de l’avenir, d’autres sont plus pessimistes, dont Jean-Marc Pierrot (Immo Semois&Lesse, Bouillon). Le courtier soutient que la belle époque de la location, courant entre 2001 et 2005-2006, est passée.  » Dès 2005, il y a eu une surenchère de l’offre touristique. Trop de gens s’y sont mis, avec pour conséquence un engorgement du marché des gîtes « , développe-t-il. Un constat appuyé par René Collin, député provincial en charge du tourisme et président de la Fédération touristique du Luxembourg belge, qui incite les propriétaires à ne pas se reposer sur leurs lauriers et à innover en proposant d’autres services : location de vélo, activités, visites, etc.

Villages de vacances

D’aucuns choisissent aussi la formule, très familiale, du village de vacances. On en recense une dizaine,  » construits dans les années 1970 et 1980, par des structures publiques ou semi-publiques, dans des zones à fort attrait touristique, alignées entre Dinant et Malmedy « , souligne Rudy Merlot, responsable d’Ourthe & Somme, qui gère, entre autres, 11 villages de vacances. Pas de nouveau projet depuis, un investissement coûteux et une lourde procédure refroidissant les investisseurs. Pour ces villages de vacances, tout un temps décriés, le vent semble avoir tourné.  » Actuellement, ils sont au centre de projets de rénovation, en collaboration avec la cellule Tourisme et Ville de l’intercommunale IDELUX « , annonce René Collin.

Les villages de vacances sont de deux types, selon leurs propriétaires : soit une société – régnant sur 400 à 900 bungalows, souvent assortis d’une piscine – soit plusieurs particuliers, possédant, en plus du bien et son jardinet, les terrains entre les quelque 100 à 150 bungalows et les communs, gérés en copropriété. Parmi ces petits propriétaires, beaucoup de Belges (75 %), majoritairement flamands, le solde étant aux mains de Hollandais, pour la plupart. On retrouve cette prépondérance néerlandophone dans les locataires, à hauteur de 90 %. Hors saison, il faut compter minimum 100 euros par weekend, contre 150 à 250 en saison, et le triple pour une semaine. A l’achat, compter 150 000 euros.  » Plus, ce ne serait pas rentable d’un point de vue locatif « , précise Rudy Merlot. Sachant que ces villages ne sont occupés qu’un peu plus de la moitié de l’année, étant par essence  » un choix pour des secondes, voire troisièmes vacances « .

F. MA

Le phénomène du gîte prend une ampleur telle qu’il mord sans vergogne dans la part de clientèle hôtelière

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