Le football au bout des doigts

Le week-end dernier avait lieu le championnat de Belgique de football… sur console de jeu. Une compétition où réel et virtuel sont intimement liés.

Infos : www.konami-europe.com/pes3

Trézéguet qui passe à Henry. Henry face au but. Il tire ! A côté ! Ah la la, quelle erreur de Thierry Henry. Il ne nous avait pas habitués à cela… « , hurle le commentateur. Que les fans se rassurent, l’attaquant d’Arsenal n’a rien perdu de son sens du but. Il ne s’agit en réalité que de son double virtuel, évoluant sur un écran géant installé dans le centre culturel de Laeken. Et ses mouvements sont simplement dictés par une manette de console de jeu. Aux commandes, un jeune homme d’une vingtaine d’années. Il fait partie des 130 joueurs à se disputer le titre de champion de Belgique de PES. PES, pour Pro Evolution Soccer, l’un des plus célèbres jeux vidéo de simulation de football.  » Mon frère et moi y jouions sans arrêt, explique le Français Guillaume Godard, animateur et organisateur de l’événement. Notre objectif, c’était de devenir champions du monde ! On a voulu participer à des tournois, et nous nous sommes aperçus que ça n’existait pas. On a alors créé la PESleague. C’était en 1998.  » Ce qui, à l’origine, n’était qu’un projet entre copains s’est transformé en véritable entreprise. En partenariat avec Konami, l’éditeur du jeu, Guillaume et ses amis û qui vivent de leur passion û organisent chaque année des dizaines de tournois en France. Ils ont importé le concept chez nous il y a maintenant deux ans.

Comme à la télévision

Les règles de la compétition sont simples. Celle-ci se déroule comme une Coupe du monde de football : les joueurs sont tout d’abord versés dans des poules de quatre, où ils affrontent leurs adversaires lors de matchs aller-retour. Les deux premiers de chaque groupe participant ensuite aux seizièmes de finale, selon le principe de l’élimination directe.

Dans la grande salle bruxelloise, les organisateurs ont installé seize consoles de jeu, reliées chacune à un moniteur. A chaque fois, c’est le même rituel. Les joueurs s’asseyent côte à côte, face à l’écran. Ils déroulent soigneusement le câble de leur manette, le branchent dans la console. Viennent ensuite le paramétrage des équipes et la vérification de la configuration des boutons. Enfin, la partie commence. Dix minutes, pas une de plus, pour faire la différence. Les doigts courent sur les boutons avec une habileté étonnante. A l’écran, on croirait assister à un vrai match de football.  » C’est ça que j’aime, ça ressemble vraiment à la réalité ! explique Lionel, 19 ans. Moi, avant, je jouais au vrai foot. Mais ce n’est pas nécessaire d’être bon footballeur pour réussir à la PES…  » L’inverse pourrait peut-être se révéler vrai à l’avenir. Ainsi, Philippe Mexes, joueur d’Auxerre, international français et accessoirement parrain de la PESleague, s’entraîne régulièrement sur sa console, comme le font de plus en plus de  » vrais  » footballeurs professionnels, qui répètent les phases de jeu chez eux.

Mais que ce soit dans les stades ou devant l’écran, la concentration est extrême. Ici, par contre, les supporters se font sensiblement plus discrets. Le silence est presque total, seuls quelques cris retentissent de temps en temps. Un joueur se prend la tête dans les mains : son adversaire vient de propulser le ballon dans les filets virtuels. Pays-Bas-Argentine : 5-1, score final. Poignée de main. Le résultat est ensuite communiqué à l’arbitre. De petits écrans permettent aux supporters de suivre l’évolution des classements en temps réel.

En attendant la rencontre suivante, certains en profitent pour aller prendre l’air, fumer une cigarette, boire un peu ou casser la croûte. C’est aussi l’occasion de commenter ses exploits. Ou ses défaites.  » J’ai mal joué, papa. J’ai pris trois bêtes buts…  »

Un petit groupe se forme derrière un concurrent. Jérôme  » Del Piero  » Marchal, 14 ans et surtout n°1 belge, s’apprête à affronter son premier adversaire.  » Je ne suis pas stressé, j’ai déjà gagné un tournoi cette année, confie le garçon. Qu’est-ce qui fait un bon joueur ? Il faut jouer beaucoup ! Je m’exerce une à deux heures par jour. Il faut surtout bien manier les boutons, connaître les coups, et avoir une bonne représentation de l’espace. Il y a aussi la tactique, évidemment.  »

Mais, à côté des experts, on trouve également des amateurs.  » Nous, on vient pour s’amuser, rencontrer d’autres joueurs plutôt que de jouer tout le temps seuls contre la machine, explique Sébastien, 27 ans, accompagné de son frère de 11 ans. Malheureusement, il n’y en a pas beaucoup comme nous.  »  » Les meilleurs gagnent des lots bien sûr : des jeux et des tee-shirts, précise Guillaume Godard. Mais pour eux, ce n’est pas le principal. Ils viennent surtout pour la gloire, la gagne.  » Le champion de Belgique remportera tout de même un voyage en Corse, pour aller affronter les meilleurs joueurs du continent lors du championnat d’Europe de football virtuel, qui aura lieu fin septembre.

Christophe Bortels

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