Le foot sale

Qui s’est rendu complice de quoi dans l’affaire des rencontres truquées pour faire gagner des parieurs internationaux ?

Malgré les premiers témoignages à visage découvert, le match contre la malhonnêteté dans le sport-roi des Belges n’est pas gagné. Le procureur fédéral de l’Union belge, René Verstronghe, d’une part, et la juge d’instruction fédérale Silvana Verstreken, d’autre part, vont, certes, entendre les 15 joueurs et entraîneurs cités dans l’émission Panorama de la VRT, repris mercredi par la RTBF, sur les  » tackles de la mafia  » dans les clubs de l’élite du football belge. Tous nient et contre-attaquent judiciairement. De fait, si l’on excepte la sortie du bois d’un joueur du Brussels, Laurent Wuillot qui, comme des collègues du GBA, a refusé une offre de corruption, les preuves font encore défaut. Et les enquêtes risquent de buter sur l’omerta qui entoure les coups fourrés.  » On va te casser les genoux si tu parles « , témoigne anonymement un joueur. Un autre ne sait que trop bien pourquoi il a été relégué dans un club de division inférieure. Un député fédéral, Patrick Moriau (PS), avait qualifié le truquage de matchs de  » véritable cancer  » du football : la voiture de sa compagne a été incendiée. Lui-même – ainsi que le témoin Eric Thomas de Seneffe qui parle dans le reportage – sont désormais sous protection policière. Il faut dire que Patrick Moriau est le bourgmestre de Chapelle-lez-Herlaimont, la commune dont un policier, devant une caméra cachée du reportage flamand, s’entretient amicalement avec Pietro Allata, un des hommes clés du scandale. Cet agent de joueurs, homologué au… Togo, a été condamné, en Belgique, notamment dans le dossier Bongiorno (négriers de la construction et assassinat du journaliste Stéphane Sténier). Il s’est dit prêt à reprendre le club de La Louvière avec des capitaux italiens.

Il a des relations avec l’homme d’affaires chinois Ye Zheyun, qui semble avoir disparu après une première interpellation judiciaire, en novembre dernier. Les deux hommes, apparemment, s’entendaient comme larrons en foire pour  » acheter  » des joueurs afin qu’ils lèvent le pied et facilitent ainsi les scores ayant fait l’objet de paris faramineux..

Le championnat de Belgique, mais il n’en a pas l’exclusivité, semble être la proie d’une structure mafieuse qui instrumentalise les bookmakers, notamment via Internet gagné par une véritable folie de paris en ligne. On n’y mise pas que sur un score mais également sur le nombre de buts, le moment où ils seront inscrits etc. Des matchs sans enjeu sportif important ont fait l’objet de mises disproportionnées au point d’être remboursées par les bookmakers eux-mêmes pour cause de suspicion de manipulation. Ce fut le cas notamment de Saint-Trond-La Louvière, le 29 octobre 2005.

Le reportage incrimine le club du Centre dans six des sept matchs suspects du championnat 2005-2006. Mais des pratiques douteuses de la saison précédente reviennent à la surface : les entraîneurs du Lierse et de La Louvière avaient subitement aligné l’équipe de réserve et de juniors, en lieu et place du noyau fanion. Le Brussels se souvient d’une curieuse défaite contre ce même Lierse (5-1). Et Mons aurait tenté d’acheter son maintien en D1. La partie ne fait que commencer.

Pierre Schöffers

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