Le Flamand créatif mieux choyé

Pierre Havaux
Pierre Havaux Journaliste

A peine une entreprise belge sur 1 000 propose une prime à l’innovation à ses collaborateurs les plus créatifs. Fâcheux : les patrons wallons sont les moins prompts à exploiter le filon.

Récompenser l’imagination au pouvoir, en voilà une bonne idée ! Depuis 2006, le gouvernement fédéral invite les entreprises à motiver financièrement les travailleurs jugés les plus inventifs. L’outil retenu, unique en Europe : une prime à l’innovation, déductible dans le chef de l’entreprise et exonérée de toute charge sociale et fiscale. Le salarié peut ainsi espérer percevoir jusqu’à l’équivalent d’un mois de salaire. Du haut en bas de l’échelle, tout le personnel est invité à concourir, pourvu que la trouvaille soit porteuse de plus-value. Une manière de remettre au goût du jour la bonne vieille boîte à suggestions, avec promesse de récompense à la clé. C’est le Service public fédéral Economie qui donne son feu vert au versement de la prime par l’entreprise, sur la base du projet présenté. L’idée peut aussi bien concerner un produit qu’un processus de fabrication ou porter sur l’organisation du travail.

Lourdeurs administratives redoutées à tort

La prime à l’innovation séduit encore timidement le monde de l’entreprise : à peine 307 sociétés ont tenté leur chance en deux ans. L’an dernier, selon des données partielles de l’ONSS, 712 travailleurs se sont partagé 632 295,28 euros de primes, soit un montant moyen de 888,05 euros. Mais le nord du pays mord davantage à l’hameçon que le Sud. Sur les 2 161 demandes de primes validées à ce jour, 58,8 % concernent des dossiers introduits par la Flandre, 22,8 % par la Région bruxelloise et 18,3 % seulement par la Wallonie. A l’exception de la province de Liège (voir tableau), l’indice de participation des entreprises wallonnes (81) reste sous la moyenne belge (indice : 100), et inférieur à l’indice de la Flandre (91). La performance bruxelloise (210) étant surévaluée en raison de la présence accrue, à Bruxelles, des sièges d’exploitation des sociétés d’où sont introduites les candidatures. Coupable passivité des patrons wallons…  » La sous-utilisation du système est générale et la faible participation en Wallonie n’est pas tellement éloignée du poids de son économie. Mais c’est d’autant plus dommage que notre Région en aurait bien besoin « , déplore Vincent Reuter, administrateur délégué de l’Union wallonne des entreprises. Il voit dans cette frilosité à la fois un manque d’information et la crainte injustifiée d’une lourdeur administrative supplémentaire à gérer. Mais aussi la peur de susciter de faux espoirs aux travailleurs, en leur faisant miroiter l’octroi d’une prime dont la perspective reste incertaine. Le gouvernement fédéral devra se prononcer sur son éventuelle prolongation au-delà de 2008.

Pierre Havaux

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