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Le deepfake

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Kendrick Lamar, rappeur américain, premier artiste hip-hop à avoir reçu un prestigieux prix Pulitzer et onze Grammy Awards, sort Mr. Morale & The Big Steppers. Dont un premier titre, The Heart Part 5, accompagné d’un clip qui utilise la technologie du «deepfake»: on le voit alors prendre ingénieusement le visage d’icônes de la communauté afro-américaine, O. J. Simpson, Kanye West (photo), Will Smith, Kobe Bryant, Nipsey Hussle, Jussie Smollett. Et tout commence par «Je suis. Nous tous». Il devient tous ceux-là, ces personnages controversés et plein de contradictions: Kanye West et son soutien à Donald Trump, O. J. Simpson, dont le nom reste lié à un procès fleuve pour le meurtre de son ex-femme, Nipsey Hussle, rappeur assassiné en rue d’une balle dans la tête, Jussie Smollett, acteur condamné pour avoir mis en scène sa propre agression raciste, Kobe Bryant, tué dans un accident d’hélicoptère, accusé d’un viol réglé à l’amiable… C’est bluffant et ce n’est pas un détail. Jusqu’ici, le deepfake, vidéo manipulée grâce à des algorithmes – les expressions et les formes des visages ont été «collées» numériquement sur celles de Lamar, mais c’est bien lui qui bouge la bouche, tout le reste a été altéré –, était une grossière technique, souvent exploitée comme une matière de propagande, de désinformation ou de vengeance. Des exemples: la vidéo trafiquée qui permet de faire dire à une personne ce qu’elle n’a jamais dit, le «revenge porn», remplaçant le visage d’acteurs par ceux d’autres femmes et hommes, les arnaques à la voix à l’aide de «deepfake audio». La technique appliquée au clip de Kendrick Lamar est, elle, subtile et redoutable. Il se fait que d’autres utilisent la même idée: en France, Nicolas Canteloup, pour imiter des politiques, ou encore Thierry Ardisson qui fait parler les morts dans Hôtel du temps. Rien à voir ici. C’est nettement meilleur et, au-delà de la performance, le rappeur la détourne pour en faire de l’art et livrer un message. Là se trouve le tournant le plus spectaculaire, là, dans l’industrie créative, se produirait, selon les experts, le bouleversement, particulièrement dans le rap et le hip-hop, parce que ce n’est pas un hasard. L’histoire musicale retient que ces genres ont toujours détourné la technologie pour l’imposer ensuite: le scratch, où l’on fait patiner un disque sur la tête de lecture, la boîte à rythmes, branchée sur la table de mixage, l’autotune, un logiciel informatique censé corriger les fausses notes… Et ce n’est pas non plus un hasard si c’est lui, Kendrick Lamar, considéré comme le rappeur le plus influent de sa génération.

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