le courrier de la raison : La foi et les convictions

Face aux réalités, la foi peut-elle remplacer les convictions qui s’effritent ?

Christian Vassart, Bruxelles

Foi et conviction ne font pas bon ménage. La première exprime un rapport de confiance et de fidélité envers une divinité ou un être humain qui, en contrepartie, offre ce qu’on ne peut tirer de soi. Ainsi en est-il du salut personnel octroyé par la divinité. La mort n’est plus qu’un simple passage entre deux vies. Semblablement, la foi manifestée envers un être humain découle de sa capacité d’amour ou d’amitié à notre égard. Certes, il y a un risque : n’être pas, soi-même, à la hauteur de l’attente de l’autre. Mais comment ne pas l’encourir pour vaincre la peur et la solitude ?

La conviction, elle, est une construction toute personnelle. Sans doute, ses constituants sont des pièces rapportées, mais leur agencement fait son autonomie. Au-delà des traditions, elle est grille de lecture, moteur intime de l’action, tribunal où comparaissent l’histoire et son contraire : l’avenir. Celui qui est sans conviction agit comme étranger à lui-même, mû û mécaniquement û par le besoin et la crainte. On le persuade de ceci ou de cela comme le potier modèle à sa guise l’argile. Ce n’est pas un citoyen mais un être quelconque amalgamé à la foule. Reste l’échappatoire de la foi. Elle procure une assurance intime grâce au joug imposé par la divinité, grâce au don d’amour ou d’amitié que l’autre vous accorde.

Il n’en est pas moins vrai que les convictions, données comme solidement étayées et moralement évidentes, peuvent s’user, se défaire. La vie, très concrètement, ronge ce bel arrangement. Le désarroi est là, s’accompagnant de la tentation de s’en remettre à d’autres que soi ; bref, à chercher refuge dans la foi. A jeter le manche après la cognée. En vérité, ce que nous prenons pour fondements ne sont que superstructures, plus ou moins bien bâties, sur les convictions originaires. Celles-ci sont les idées fondatrices et régulatrices de notre comportement. On les reconnaît à ce qu’au-delà il n’y a rien.

Hier, une certaine forme de socialisme a forgé des convictions allant jusqu’au fanatisme et à la mort acceptée. Elle s’est effondrée, rongée par la réalité. Et les convictions s’en sont allées. A tort. Elles n’avaient pas à être bâties sur les pratiques (bonnes ou mauvaises) d’un système politique mais sur les idées de justice et d’égalité. Là gisent les convictions profondes aptes à juger des valeurs sociétales. Elles demeurent, non pas comme modèles tout faits, mais comme impulsion nécessaire pour se remettre à l’£uvre. Car on ne désespère pas d’une idée mais de ses fausses pratiques.

JEAN NOUSSE

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