Le couperet

La licence pro a fait deux nouvelles victimes dans notre championnat. Malines et Lommel n’évolueront plus en D1 la saison prochaine. La loi du sport assiégée par la logique des chiffres

Depuis qu’elles ont débarqué, il y a trois ans, les licences pour les clubs ont une réputation de mal nécessaire à la survie du football pro dans notre pays. Il est en effet inconcevable que certains clubs puissent continuer à exister alors qu’ils se trouvent dans de mauvais draps financiers : dettes, non-paiement des lois sociales ou des différentes taxes, versement épisodique du salaire de certains joueurs ou non-acquittement de l’entièreté de certaines indemnités de transferts. Les dirigeants belges ont beau grogner en pointant la situation qui est bien pire dans les autres grands championnats européens. Et il est vrai que l’Espagne, l’Italie ou même la France connaissent, elles aussi, une crise plutôt spectaculaire avec des ardoises tout simplement effrayantes pour certains clubs. Naples avoue ainsi une dette de 76 millions d’euros. On cite le chiffre de 150 millions pour Valence et près de 230 millions pour Barcelone ! Mais le coup d’£il chez les voisins ne dispense pas du coup de balai devant sa porte.

1. Quelles sont les conditions à remplir pour obtenir la licence pro ?

Les clubs belges avaient jusqu’au 1er mars pour boucler les derniers détails de leurs formulaires de demande de la licence. Outre une série de formalités administratives et juridiques, l’Union belge de football réclame un ensemble de justificatifs. Il s’agit, en vrac, des preuves de paiement à l’ONSS, du précompte professionnel, des impôts dus ou du salaire de l’ensemble des employés de chaque club. Un plan de redressement et d’échelonnement du remboursement des dettes pourra toujours être pris en compte par la Commission d’examen des licences. Mais ce n’est pas tout ! Le stade de chaque club demandeur doit répondre à des normes de ticketing et de sécurité très strictes. Le club doit apporter la preuve de l’existence de permis de travail pour les joueurs originaires de pays non membres de l’Union européenne ou encore signer une déclaration sur l’honneur attestant que le club suivra les règlements édictés par la Fifa, l’Uefa et l’Union belge. Les équipes recalées après le premier examen des dossiers peuvent toujours se pourvoir en appel.

2. La nouvelle licence a-t-elle déjà fait des victimes en première division ?

Germain Landsheere et les membres de la Commission des licences ont disposé d’une petite quinzaine de jours pour étudier les copies des dossiers rentrés par 17 des 18 clubs de Division 1 (le FC Malinois n’a bien évidemment pas demandé la licence). Neuf clubs ont d’ores et déjà reçu le précieux sésame. Il s’agit de Lokeren, du Standard, de l’Antwerp, de Genk, de Bruges, d’Anderlecht, du GBA, de St-Trond et de La Gantoise. Les autres clubs (Charleroi, Mons, Mouscron, Westerlo, La Louvière, Beveren et le Lierse) doivent encore fournir à la Commission différents documents. Ils obtiendront très probablement leurs licences pour la saison 2003-2004. Seul Lommel est donc recalé ! Le club campinois avait introduit un dossier assez incomplet, fin février, et ne se faisait déjà plus d’illusion quant à son avenir en D1. On évoque une dette cumulée d’environ 250 000 euros. Lommel et le FC Malinois devraient donc évoluer en D3 la saison prochaine. Après le RWDM et Alost précédemment, ce sont donc deux nouveaux clubs qui sombrent au purgatoire.

3. La licence pro a-t-elle permis de diminuer la dettes des clubs belges ?

Il est intéressant de noter que, depuis la création de la Commission des licences, en 2000, la dette des clubs belges de D1 et de D2 envers l’Etat (sécurité sociale, TVA…) s’est réduite de près de 50 %. Elle s’élevait à plus de 10 millions d’euros à la veille de la toute première procédure d’octroi des licences. Mais si les dettes envers l’ONSS ont considérablement diminué, les dettes fiscales, elles, stagnent. C’est pourquoi le ministre des Finances, Didier Reynders (MR), a annoncé qu’il mettrait sur pied, à partir de juillet 2003, une cellule administrative chargée de reformer les techniques de contrôle de l’ensemble des clubs.

4. Quelle est la différence entre la licence pro et la licence Uefa ?

Alors que la licence pro fait déjà des ravages, une nouvelle arme redoutable est pointée sur les clubs de l’élite. C’est qu’en juillet 2004 une licence européenne entrera en vigueur sur le Vieux Continent. Un document complexe, comptant une bonne centaine de pages, qui énonce une série impressionnante de règles en tout genre et qui impose aux clubs de tenir une comptabilité extrêmement rigoureuse. Pour pouvoir participer aux challenges internationaux, outre les qualifications sportives, une équipe devra présenter des finances parfaitement saines mais aussi prouver qu’elle pourra faire face sans problèmes aux différentes échéances (salaires, remboursements d’emprunts, etc.). A côté de cet aspect budgétaire, les clubs souhaitant obtenir la licence devront également remplir des conditions en matière d’infrastructures ou de formation. Certains préceptes pourront d’ailleurs sembler cocasses ou étranges comme celui concernant… la taille réglementaire des sièges dans les stades. En Belgique, c’est Roland Tis qui sera chargé d’accompagner les équipes à l’occasion de leurs démarches auprès de l’Uefa. But avoué de cette nouvelle licence européenne : rendre les finances des clubs beaucoup plus saines. Un grand nettoyage qui promet, lui aussi, de faire grand bruit !

5. Combien seront-ils en Division 1 la saison prochaine ?

Les saisons se suivent et se ressemblent, puisque de telles interrogations avaient déjà été soulevées l’an dernier après les soucis financiers du RWDM relégué puis radié et les ennuis sportifs de Beveren. Finalement, le club waeslandien, descendant sportif de la D1, avait réussi à sauver sa peau en remplaçant le club bruxellois, privé de licence. Mais, aujourd’hui, les règlements ont changé et ils sont très clairs. Le championnat de D1 livrera deux descendants sportifs. De plus, les clubs qui n’obtiendront pas la licence ne seront plus remplacés. A la fin du mois de mai, les deux derniers classés feront donc la culbute. Si un club qui n’a pas obtenu la licence pour la nouvelle saison termine le championnat dans un de ces fauteuils basculants, cela ne changera rien au nombre de descendants. En revanche, si un club se sauve sportivement mais n’obtient pas la licence, il devient un descendant supplémentaire. Cela signifie donc que si le Club Malinois et/ou Lommel parviennent à ne pas terminer la saison à l’une des deux dernières places, le championnat 2003-2004 se disputera à 15 ou 16 équipes au lieu de 18.

Laurent Toussaint

Et dire qu’outre la licence belge, les candidats européens devront obtenir un sésame Uefa !

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